Ebola : quand la télévision de santé est mise à l’épreuve [Tribune]

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En 2025, je publiais Télévision et Santé. Conditions de production des émissions télévisées de santé à Kinshasa. En 2026, Ebola survient et vient, avec une brutalité particulière, remettre cette réflexion au centre du débat. Ce rapprochement entre un ouvrage consacré aux conditions de production de l'information sanitaire et une nouvelle épidémie n'est pas fortuit.

Lorsqu'une crise sanitaire surgit, on pense naturellement aux médecins, aux infirmiers, aux laboratoires, aux centres de traitement, aux vaccins et aux équipes de riposte.

On pense moins à ceux qui ont pour mission de faire comprendre la crise à la population. Pourtant, une épidémie se joue aussi dans l'espace informationnel. Et dans cet espace, la télévision demeure un acteur majeur. Elle informe. Elle explique. Elle montre. Elle donne la parole. Elle peut rassurer, alerter, déconstruire une rumeur, mais aussi, lorsqu'elle est mal utilisée, amplifier la peur et la confusion.

Ebola ne met donc pas seulement notre système de santé à l'épreuve. Il met aussi notre système d'information à l'épreuve. Une télévision qui parle de santé n'est pas nécessairement une télévision qui fait de la communication sanitaire

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Dans mon ouvrage, je me suis intéressée aux conditions dans lesquelles sont produites les émissions télévisées de santé à Kinshasa.

L'étude montre notamment la diversité des formats : certaines émissions privilégient l'information scientifique, tandis que d'autres abordent la santé à travers des problématiques sociales et des récits de vie. Cette diversité est précieuse. Mais elle pose une question essentielle : sommes-nous réellement préparés à utiliser cette puissance médiatique lorsqu'une urgence sanitaire survient ?

Car produire une émission sur Ebola n'est pas simplement inscrire « Ebola » au programme du jour. Il faut comprendre la maladie, sélectionner les bonnes sources, vérifier les informations, choisir les bons mots, contextualiser les données et anticiper les questions que se pose la population. Il faut aussi savoir ce qu'il ne faut pas montrer, ce qu'il ne faut pas simplifier et ce qu'il ne faut surtout pas transformer en spectacle. La communication sanitaire est une responsabilité. Elle ne peut être réduite à une occupation d'antenne.

Le véritable travail commence avant que la caméra ne s'allume

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Le téléspectateur voit le journaliste et son invité. Il ne voit pas tout ce qui a précédé. Qui a préparé le sujet ? Le journaliste a-t-il été formé aux questions sanitaires ? A-t-il eu accès aux experts appropriés ? A-t-il disposé du temps nécessaire pour vérifier les informations ?Comment les données scientifiques ont-elles été transformées en langage accessible ? Quelle place a été accordée aux préoccupations du public ? Ce sont précisément ces questions qui donnent tout son sens à la notion de conditions de production. Une information sanitaire de qualité ne naît pas spontanément sur un plateau de télévision. Elle se prépare.

Ebola ne demande pas seulement de sensibiliser. Il demande de faire comprendre.

Nous parlons beaucoup de sensibilisation en période d'épidémie. Mais sensibiliser n'est pas encore faire comprendre. On peut répéter qu'Ebola est dangereux sans expliquer suffisamment ce que cela signifie dans la vie quotidienne. On peut multiplier les messages sur les mesures de prévention sans répondre aux interrogations, aux peurs et aux représentations qui influencent les comportements. On peut atteindre des millions de personnes sans nécessairement créer la confiance. C'est pourquoi la question fondamentale n'est pas seulement : Combien de personnes ont vu le message ? Mais aussi : Qu'ont-elles compris ? Qu'ont-elles retenu ? Et qu'en font-elles ?

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Trois recommandations de mon ouvrage prennent aujourd'hui une résonance particulière

Dans Télévision et Santé, je recommande notamment de renforcer la formation des journalistes sur les questions sanitaires, d'améliorer la coordination entre les producteurs d'émissions et les professionnels de santé, et de diversifier les ressources et les approches de production afin de toucher différents publics et favoriser une meilleure compréhension des messages.

Face à Ebola, ces recommandations ne sont plus de simples pistes d'amélioration. Elles apparaissent comme de véritables conditions de préparation à une crise sanitaire. Former les journalistes ne doit pas être une réaction à l'épidémie. La compétence doit précéder l'urgence.

De même, la collaboration entre médias et professionnels de santé ne devrait pas commencer lorsque le journaliste allume son micro devant un médecin. Elle devrait commencer en amont, dans la préparation du contenu.

Enfin, diversifier les approches signifie reconnaître que le public n'est pas homogène. Les mêmes mots ne produisent pas nécessairement le même sens pour tous.

La télévision doit-elle être le haut-parleur de la riposte ?

Je crois qu'il faut aller plus loin. La télévision ne devrait pas seulement être sollicitée pour relayer les décisions des autorités sanitaires. Elle peut devenir un véritable espace de médiation entre les institutions, les experts et les communautés. Elle peut expliquer pourquoi une mesure est prise.

  • Faire remonter les incompréhensions.
  • Interroger les experts.
  • Déconstruire les rumeurs.
  • Donner la parole aux acteurs de terrain.
  • Et surtout, écouter.

Car une communication qui parle constamment au public sans écouter ce que celui-ci pense, craint ou conteste risque de rester descendante et de produire peu d'appropriation.

La télévision ne doit donc pas être uniquement le haut-parleur de la riposte. Elle doit aussi être son espace d'écoute et de dialogue.

Ebola révèle ce que nous avons préparé — et ce que nous n'avons pas préparé.  C'est peut-être là que se situe la véritable question. Si, au moment où Ebola survient, nous constatons encore le manque de formation spécialisée des journalistes, une collaboration insuffisante entre médias et experts, des formats peu adaptés ou une faible prise en compte des préoccupations des publics, alors Ebola n'a pas créé ces faiblesses. Il les a simplement rendues visibles.

Une épidémie ne devrait pas être le moment où nous commençons à construire notre capacité de communication. Elle devrait être le moment où cette capacité est déjà opérationnelle. La préparation d'une communication de crise commence donc avant la crise.

En 2025, mon ouvrage posait la question des conditions de production des émissions télévisées de santé à Kinshasa. En 2026, Ebola nous invite à poser une question plus exigeante : avons-nous construit une télévision suffisamment compétente, suffisamment préparée et suffisamment proche des réalités de la population pour devenir un véritable acteur de la réponse sanitaire ?

La réponse mérite mieux qu'une déclaration de principe. Elle mérite une évaluation. Car lorsqu'un virus circule, l'information circule elle aussi. Et dans une épidémie, savoir maîtriser l'une peut contribuer à mieux contenir l'autre.

Mireille Lusiense Zena, Experte en sciences de l’information et de la communication — Expert en communication pour la santé et communication pour le changement social et de comportement

Samedi 5 septembre 2026 - 07:04