Par Mireille Lusiense Zena, Experte en sciences de l'information et de la communication – Experte en communication pour la santé et communication pour le changement social et de comportement
Le nouveau plan de riposte contre la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo affiche une ambition considérable : près de 1,2 milliard de dollars, dont environ 870 millions consacrés au secteur de la santé, pour contrôler l’épidémie dans un délai de 180 jours.
Le chiffre impressionne. Le délai interpelle. Mais une autre donnée mérite peut-être davantage notre attention : les communautés. Car une épidémie ne se gagne pas uniquement dans les laboratoires, les centres de traitement ou les salles de réunion où se décident les stratégies. Elle se gagne aussi dans les quartiers, les villages, les familles, les marchés, les églises, les écoles et les espaces où les populations interprètent ce qu’elles vivent.
Mais parler des communautés ne suffit pas. Encore faut-il les écouter.
La communication ne doit pas être une simple transmission
C’est ici que la communication mérite d’être regardée autrement. Pendant longtemps, dans les réponses aux urgences sanitaires, la communication a parfois été pensée comme une opération de transmission : identifier un message, choisir un canal, atteindre une cible et espérer obtenir le comportement attendu.
Or, une personne ne change pas de comportement simplement parce qu’elle a reçu une information. Elle peut avoir entendu le message et ne pas y croire. Elle peut y croire et ne pas avoir les moyens d’agir. Elle peut comprendre le risque et privilégier une autre urgence de sa vie. Elle peut encore considérer que le message vient de personnes qui ne comprennent ni son histoire, ni ses pratiques, ni ses contraintes.
Entre savoir et agir, il existe tout un monde.
Poser les bonnes questions
C’est précisément ce que la communication pour le changement social et de comportement nous oblige à regarder. Il ne s’agit plus seulement de demander : « Quel message devons-nous envoyer aux populations ? »
Il faut aussi demander :
- Que pensent-elles ?
- Que savent-elles ?
- Que craignent-elles ?
- À qui font-elles confiance ?
- Pourquoi certaines recommandations sont-elles acceptées et d’autres rejetées ?
- Quels obstacles les empêchent d’adopter le comportement attendu ?
Cette différence peut sembler subtile. Elle est pourtant fondamentale.
Au-delà des ressources, la qualité de la relation
Voilà pourquoi la question des 1,2 milliard de dollars ne doit pas seulement être une question de ressources. Elle doit aussi être une question de qualité de la relation avec les communautés.
Combien sera consacré à comprendre les perceptions locales ?
Combien à recueillir systématiquement les préoccupations des populations ?
Combien à analyser les rumeurs non pas seulement pour les combattre, mais pour comprendre ce qu’elles révèlent ?
Combien à faire émerger des porte-parole crédibles issus des communautés elles-mêmes ?
Combien à écouter avant de parler ?
Car une rumeur n’est pas toujours simplement une fausse information à corriger. Elle peut être le symptôme d’une inquiétude, d’une expérience antérieure, d’une défiance ou d’une incompréhension. Écouter une communauté, ce n’est donc pas perdre du temps. C’est produire de l’intelligence pour la riposte.
De public à partenaire
Alors, dans les 180 jours qui viennent, la question ne devrait pas être uniquement de savoir si nous avons suffisamment parlé aux communautés. Elle devrait être de savoir si nous avons suffisamment dialogué avec elles.
Parce qu’une communauté que l’on informe est un public.
Une communauté que l’on écoute devient un partenaire.
Et une communauté qui participe réellement à la réponse devient une force de riposte.
Les 1,2 milliard de dollars peuvent financer une réponse exceptionnelle. Mais ils ne peuvent pas acheter la confiance.
La confiance se construit. Elle se mérite. Elle s’entretient. Et, surtout, elle commence par une chose que les stratégies de communication oublient parfois : écouter.