Breaking News

RDC : la CENCO met autour d'une même table pouvoir et opposition pour débattre des conditions du dialogue national

Catégorie
Image
L'opposant Martin Fayulu, Marie-Ange Mushobekwa et le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya [photo d'illustration]
L'opposant Martin Fayulu, Marie-Ange Mushobekwa et le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya [photo d'illustration]

Par Gloire Balolage

Dans un contexte politique marqué par des divergences sur le format et les modalités du dialogue national annoncé en République démocratique du Congo, la Commission épiscopale Justice et Paix de la CENCO choisit de privilégier l'échange entre différentes sensibilités politiques. C'est dans cette perspective qu'elle a organisé, ce mercredi 16 septembre 2026, au Centre interdiocésain de Kinshasa, un panel scientifique consacré au dialogue national et inclusif.

La rencontre met autour d'une même table Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, Martin Fayulu, figure de l'opposition, et Marie-Ange Mushobekwa, actrice politique et ancienne ministre. Au-delà des appartenances politiques, le choix de ces profils permet à la CENCO de confronter des lectures différentes d'un processus qui suscite déjà de nombreux débats.

Le panel intervient alors que la question du dialogue national occupe une place importante dans la vie politique congolaise. Le président Félix Tshisekedi a annoncé, le 27 août dernier, l'ouverture d'un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l'État ». Le schéma présenté par la présidence prévoit notamment des consultations à travers les 26 provinces avant la tenue d'assises nationales à Kinshasa.

Selon le chef de l'État, ces consultations doivent permettre de recueillir les différentes préoccupations exprimées à la base avant l'organisation des assises nationales. Le processus doit, selon le dispositif annoncé, déboucher sur un Pacte national assorti d'une stratégie de mise en œuvre.

C'est précisément dans ce contexte que la CENCO ouvre un espace de discussion sur les conditions d'un dialogue véritablement inclusif. L'initiative intervient quelques jours après la signature, le 13 septembre, de l'ordonnance présidentielle instituant un comité d'organisation préliminaire du dialogue. Le texte, lu à la RTNC par la porte-parole du chef de l'État, Tina Salama, place ce comité sous l'autorité du président de la République. Sa mission consiste notamment à préparer les conditions matérielles, logistiques et autres préalables nécessaires à la mise en place de la commission préparatoire du dialogue.

Cette nouvelle étape constitue un élément important du débat que la CENCO entend mettre en discussion. Sur le plan institutionnel, le mécanisme présidentiel donne désormais une structure au processus préparatoire. Mais sur le plan politique, son caractère inclusif reste au centre des interrogations. Plusieurs acteurs de l'opposition et de la société civile ont exprimé des réserves sur le dispositif, notamment en raison du fait que le comité préparatoire est placé sous l'autorité directe du chef de l'État. Le débat porte donc moins uniquement sur la nécessité de dialoguer que sur les garanties devant entourer le processus, sa représentation et les modalités de participation des différentes composantes nationales.

La présence de Martin Fayulu à ce panel donne à cette réflexion une portée particulière. D'autres acteurs de l'opposition ont également demandé un mécanisme qu'ils souhaitent plus neutre dans son organisation. Ces positions ne signifient toutefois pas que les différentes composantes politiques rejettent nécessairement le principe d'un dialogue : une partie importante du désaccord porte précisément sur son format, ses garanties, ses participants et son cadre d'organisation. La confrontation de ces positions avec celle du gouvernement constitue ainsi l'un des intérêts du panel organisé par la CENCO.

La participation de Patrick Muyaya permet, de son côté, de faire entendre directement la lecture du gouvernement au sein de cet espace de réflexion. Sa présence aux côtés d'un acteur de l'opposition et d'une ancienne responsable politique crée les conditions d'un échange contradictoire sur les contours du processus. Pour la CENCO, l'enjeu est notamment de favoriser une discussion où les divergences puissent être exposées et confrontées publiquement. Dans une période où les désaccords politiques sont également liés à d'autres dossiers sensibles, notamment les débats autour de la Constitution et les tensions entre majorité et opposition, la possibilité d'un échange entre sensibilités différentes constitue en elle-même un élément important du débat national.

Le principal enjeu du panel ne réside pas uniquement dans la répétition des positions déjà connues, mais dans la possibilité d'identifier les conditions susceptibles de rendre le dialogue acceptable par des acteurs qui n'en ont pas nécessairement la même conception. La CENCO place au centre de sa rencontre les notions d'« enjeux », de « perspectives » et de « conditions » d'un dialogue national inclusif. Cette approche permet d'aborder simultanément la question de la participation, celle du cadre institutionnel, mais aussi celle de la confiance entre les différentes parties. La récente mise en place du comité d'organisation présidentiel donne à ces questions une actualité particulière, puisque le processus entre désormais dans une phase de préparation concrète.

L'intérêt de cette rencontre sera dès lors de voir jusqu'où les échanges permettront de faire émerger des points de convergence sur les règles, les participants et les objectifs du dialogue. Sans préjuger de son issue, l'initiative de la CENCO place une nouvelle fois la recherche d'un espace de discussion entre Congolais au cœur du débat politique national.

Étiquettes
Mercredi 16 septembre 2026 - 16:49