Acte 1: La santé du trésor public de plus en plus appréciable... «le pays est à genoux, pas de complaisance» !

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Interview choc réalisée avec l'inspecteur, Jules Alingete
Interview choc réalisée avec l'IGF, Jules Alingete

Interview choc avec le flic financier atypique de Fatshi

 Par la Rédaction

Frais, malgré les réunions et séances de travail qui se sont succédé depuis 9heures, Jules Alingete Key, chef de l'Inspection générale des finances (IGF) ne fait pas la langue de bois dans l'interview-choc qu'il accorde à Opinion-info.cd à 21h38' de ce mercredi 25 août 2023. Aucun sujet tabou: Rapport sur la Gecamines, ses ambitions présidentielles, les relations entre l'IGF et la Cour des comptes,.... Tout y passe avec à la clé des réponses d'une clarté éclatante, principale caractéristique de ce flic aux méthodes atypiques ayant permis au Trésor public d'échapper à la prédation. A n'en point douter, l’homme en qui Félix-Antoine Tshisekedi a fait confiance à un agenda tellement chargé qu'il y aura pas d'envieux. Fait curieux, le poids et l'intensité du travail n’entame ni la perspicacité ni la lucidité de celui que Kinshasa a baptisé « Kanga muyibi » en référence aux fils barbelés. C’est ce Jules Alingete qui a parlé en répondant pendant une demi-heure à nos questions. Il a tout dit. Interview !
 
Comment se porte la santé du Trésor public ? Quel est l’apport de l’IGF dans cet état du Trésor public ?

Vous l’avez si bien dit, c’est le ministre des Finances qui est habileté à communiquer sur la santé financière de l’Etat. Ce n’est pas de ma compétence. Mais, des informations à ma possession, je peux vous rassurer que le Trésor public congolais se porte très bien. Il y a des efforts très louables que le gouvernement de la République, au travers du ministère des Finances, des Régies de mobilisation des recettes, ont fourni pour qu’aujourd’hui les finances publiques congolaises se portent bien très bien en termes de mobilisation des recettes.

Il y a des actions que l’Inspection générale des finances (IGF) est en train de mener du côté de contrôle de l’ensemble des finances publiques qui permettent également qu’il y ait l’implémentation progressive de la bonne gouvernance dans la gestion publique. Nous pouvons dire aujourd’hui que le Trésor public présente une santé financière appréciable.

Mais, il y a encore beaucoup d’efforts qui doivent être faits. Nous ne sommes pas là où le pays devrait être. Par rapport à d’où nous venons, nous avons fait suffisamment des pas. Je pense que les autorités vont encore faire des pas pour que le Congo puisse vraiment se relever et avoir un budget à la hauteur de sa dimension.

D’aucuns estiment que vous communiquez abondamment sur les actions menées par l’IGF sans que celles-ci puissent avoir un réel impact. Selon eux, vous passez pour ce chien réputé méchant mais qui ne mord jamais. Est-ce vrai ?

Des gens qui nous considèrent comme tel, ce sont des gens de mauvaise foi. Aujourd’hui, beaucoup de gens de bonne foi reconnaissent l’apport de l’IGF dans l’assainissement des finances publiques. Le tout premier des Congolais, le Chef de l’Etat, l’a dit dans plusieurs discours. Si on est de bonne foi, on doit comprendre que l’IGF est en train d’apporter le meilleur d’elle-même dans l’assainissement des finances publiques.

Nous devons suffisamment communiquer. Nous sommes dans le domaine de lutte contre le détournement des deniers publics et la corruption. La communication est un instrument extrêmement important. C’est cette communication qui gêne ces aventuriers qui s’hasardaient à détourner les deniers publics et qui considèrent que nous sommes en train d’exagérer. Nous devons communiquer pour les dissuader à abandonner la prédation dont ils étaient habitués à faire sur les deniers publics.

Aussi, la communication c’est dans le cadre de la prévention. Comment les gens vont abandonner et savoir ce qui est en train d’être fait si nous ne communiquons pas ? C’est un moyen efficace d’avoir des résultats escomptés dans le cadre de la lutte contre la corruption dans notre pays.

L’impact du travail de l’IGF sous votre règne, comment vous le conjuguez ?

L’impact, il est là. Au niveau des provinces, il faut aller interroger les gouverneurs des provinces qui ont été contrôlés et accompagnés par les inspecteurs de l’IGF. Ils vous diront ce que ces provinces ressentent des effets positifs du contrôle de l’IGF. Allez demander aux mandataires publics qui sont de bonne foi, qui ont été contrôlés et accompagnés par l’IGF, ils vont vous donner des éléments réels et palpables en termes d’apurement des arriérés de salaire, d’amélioration de la santé financière de ces entreprises, de leur contribution dans le budget de l’Etat, de réalisation des résultats comptables…

Les résultats sont-là mais je préfère que vous alliez demander aux mandataires. Il y en a qui se sont déjà exprimés. Ce n’est pas moi qui leur avait demandé de parler. Ils ont donné leur point de vue sur le travail qui est en train d’être fait. L’impact du travail de l’IGF, dans le cadre des finances publiques, est-là. Personne de bonne foi ne peut aujourd’hui le nier. Tout ce que nous sommes en train de faire, a matérialisé la présence d’un gendarme ferme qui dissuade le banditisme financier à disparaitre dans le cadre de la gestion publique.

N’êtes-vous pas trop sévère dans vos enquêtes, surtout quand il faut transférer les conclusions à la justice ?

Non, nous ne sommes pas sévères. Il faut comprendre tout d’abord les dégâts causés par le détournement des deniers publics dans notre pays. Il faut regarder la misère d’où nous venons. Aujourd’hui, nous sommes en train de relever la tête. Il faut voir comment ces gens ont mis le pays à genou. Comment les gens se sont amusés avec les deniers publics. Ils ont causé beaucoup de dégâts. Combien de gens sont morts par manque d’hôpitaux ? Combien d’enfants n’étaient pas scolarisés par manque d’écoles ?

Ces gens-là, les prédateurs, les bandits financiers, ont causé d’énormes dégâts à la République. Comment voulez-vous que l’on puisse nous traiter d’être fermes alors que les dégâts qu’eux causent à la République, sont énormes. Nous devons adopter une attitude de fermeté pour qu’ils puissent comprendre qu’il était temps, avec la détermination du Président de la République, de mettre fin à ces pratiques longtemps décriées et qui ont mis le pays à genoux.

Il n’y a pas de complaisance dans notre travail. Lorsqu’on finit le rapport et qu’il y a des faits, nous ne les négocions pas. Nous transférons à la justice pour que ces gens aillent répondre de leurs actes. C’est à la justice de voir s’il faut modérer ou pas. Ce n’est pas à notre niveau. Nous, nous nous limitons à constater les faits qui ne sont à notre niveau que des présomptions. Nous envoyons à la justice pour qu’elle fasse son travail. Ce n’est pas de la fermeté, c’est le travail que nous devons faire. 

Ne remarquez-vous pas que vous avez pris trop de places au point d’empiéter sur les prérogatives de la Cour des comptes ?

Il y a toujours des confusions mais les compétences sont d’attribution. La Cour des comptes a ses compétences telles que définies par la Constitution et la Loi portant organisation de la Cour des comptes. L’IGF a aussi les siennes, définies par le législateur, notamment par la Loi relative aux finances publiques aux articles 121 et 122 ainsi que l’Ordonnance portant création de l’IGF. Il y a des matières que la Cour des comptes est habilitée à traiter et celles de l’IGF. Il n’y a pas de télescopage. Chacun fait son travail.

En dehors de l’IGF, toutes les structures que nous contrôlons, ont des services d’audit interne. Ces services-là ne télescopent avec les compétences de l’IGF. Pareil pour les provinces qui ont en plus des services de contrôle politique que sont les Assemblées provinciales.

C’est la Cour des comptes qui certifie les comptes du gouvernement, des entreprises publiques, des établissements publics, des services publics, et même des provinces. C’est ça le rôle de la Cour des comptes. Au travers de ce travail de certification des comptes, la Cour des comptes procède à des missions de contrôle pour lui permettre d’avoir une opinion à donner sur les comptes soumis à sa certification. En gros, c’est un contrôle a posteriori qui porte sur les comptes qui doivent être certifiés.

L’IGF tout d’abord fait un contrôle administratif. C’est un contrôle qui peut également porter sur la gestion a posteriori de certains services de l’Etat, des frais de fonctionnement alloués aux ministères, des établissements publics, des entreprises du portefeuille de l’Etat, des provinces, mais l’IGF a aussi la mission de surveiller toutes les opérations financières de l’Etat. Dans ce cadre, l’IGF peut aujourd’hui faire un contrôle concomitant et même un contrôle a priori. C’est ce qui est en train d’être fait aujourd’hui. En termes techniques, nous appelons cela patrouille financière. C’est vraiment la compétence de l’IGF de contrôler les opérations au quotidien et d’une manière concomitante avec l’exercice des actes de gestion.

*Est-ce que l’IGF peut-elle être auditée ?*

Il y a des gens qui se posent cette question mais moi je la trouve inutile. Ce qui est important, c’est de savoir ce que l’IGF est en train de faire et d’apporter dans le cadre de nos attributions. Nous sommes un service public, pourquoi nous ne pouvons pas être audité ?

Nous avons un service d’audit interne qui fonctionne et examine tous nos actes. L’IGF n’est pas un service qui mobilise les recettes ou une entreprise publique. Nous n’avons ici que les salaires et les frais de fonctionnement.

Ces frais de fonctionnement sont soumis au contrôle de la Direction d’audit du ministère des Finances, parce que ces fonds-là passent par un comptable public qui reçoit et qui doit rendre compte. Il y a aussi la direction de la comptabilité publique, la direction des redditions des comptes. Toutes ces directions ont un regard sur les frais de fonctionnement de l’IGF. Même la Cour des comptes, si elle veut, elle peut venir voir. Nous sortons d’ailleurs d’un contrôle du ministère des Finances sur les frais de fonctionnement.

Le plus important, ce n’est pas de savoir qui contrôle l’IGF et que reçoit l’IGF. Vous voulez contrôler le salaire des inspecteurs ? Qu’avons-nous ici ? Rien. Ce qui doit être intéressant pour les gens, c’est que fait l’IGF ? Nous ne sommes pas un service de gestion mais de contrôle.

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