Par Prosper Buhuru
Alors que la République démocratique du Congo affiche une croissance économique de 6,7 % en 2024, tirée principalement par l’expansion du secteur minier, les indicateurs sociaux révèlent un décalage persistant entre performance macroéconomique et conditions de vie des ménages.
Publié par l’Institut national de la statistique (INS), le rapport de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages établit que près de 68 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Il s’agit de la première étude d’envergure réalisée depuis plus de dix ans, offrant une photographie actualisée et structurée du niveau de vie à l’échelle nationale.
En termes absolus, plus de 64 millions de Congolais disposent de moins de 5 700 francs congolais par jour pour couvrir leurs besoins essentiels. La pauvreté présente un ancrage territorial marqué : elle touche prioritairement les zones rurales, où se concentrent sept personnes pauvres sur dix. Certaines provinces, dont le Kasaï, le Kwilu et le Tanganyika, enregistrent les incidences les plus élevées.
L’étude met également en lumière la persistance du phénomène des « travailleurs pauvres ». Dans l’agriculture et le secteur informel, l’accès à un emploi ne constitue pas une garantie de sortie de la précarité, traduisant la faible productivité et la vulnérabilité structurelle de ces segments économiques.
Pour l’INS, ce rapport doit servir d’outil d’aide à la décision. Il plaide pour une réorientation des priorités publiques vers l’agriculture, l’éducation et les mécanismes de protection sociale afin de rendre la croissance plus inclusive et de transformer l’expansion du PIB en amélioration tangible du bien-être des ménages. L’enquête a été réalisée avec l’appui technique et financier de la Banque mondiale.