RDC–États-Unis : malgré les promesses de transformation locale, un nouvel accord prévoit l’exportation du cobalt congolais vers l’Arizona

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Des femmes lavent du minerai dans la mine artisanale de cuivre et de cobalt de Kamilombe, près de la ville de Kolwezi, dans le sud-est de la RDC [photo d’illustration]
Des femmes lavent du minerai dans la mine artisanale de cuivre et de cobalt de Kamilombe, près de la ville de Kolwezi, dans le sud-est de la RDC [photo d’illustration]

Par Prosper Buhuru

L’Entreprise Générale du Cobalt (EGC), la société américaine EVelution Energy et le groupe singapourien Trafigura ont signé, mercredi 13 mai 2026, à Madrid, un protocole d’accord destiné à organiser l’approvisionnement à long terme des États-Unis en hydroxyde de cobalt provenant de la République Démocratique du Congo. L’information est contenue dans un communiqué publié par le média Trafigura.

Cet accord intervient alors que le partenariat stratégique conclu entre la RDC et les États-Unis sur les minerais critiques mettait officiellement l’accent sur la transformation locale du cobalt et du cuivre congolais. Or, le mécanisme présenté par les trois partenaires prévoit principalement l’exportation de cobalt semi-transformé vers les États-Unis, où il sera raffiné sur le territoire américain.

Selon le communiqué consulté par Trafigura, EGC devrait fournir l’hydroxyde de cobalt dans le cadre de son mandat étatique sur le cobalt artisanal en RDC. De son côté, Trafigura assurera la logistique, le transport et la commercialisation de la matière première, tandis qu’EVelution Energy transformera le produit dans son usine du comté de Yuma, en Arizona.

L’entreprise américaine prévoit d’y produire du sulfate de cobalt destiné aux batteries électriques ainsi que du métal cobalt utilisé notamment dans les secteurs de la défense, de l’aérospatiale et des technologies avancées. Les partenaires estiment que cette future chaîne d’approvisionnement pourrait couvrir près de 40 % des besoins américains projetés en cobalt.

Dans leur communication, les signataires présentent ce partenariat comme une étape majeure de la coopération stratégique entre Kinshasa et Washington sur les minerais critiques. Ils soulignent que les États-Unis ne disposent actuellement d’aucune infrastructure commerciale de raffinage du cobalt à grande échelle, d’où l’ambition de développer cette capacité industrielle en Arizona grâce à un approvisionnement sécurisé en provenance de la RDC.

Le projet s’appuiera également sur le corridor ferroviaire du Lobito Atlantic Railway, une infrastructure reliant Kolwezi au port angolais de Lobito via plus de 1 300 kilomètres de voie ferrée. Ce réseau, soutenu financièrement par des institutions américaines et sud-africaines, est présenté comme un outil stratégique pour accélérer l’exportation des minerais congolais vers les marchés internationaux.

Toutefois, au-delà des annonces sur la traçabilité, l’approvisionnement responsable et les perspectives de formation technique, cet accord relance le débat sur la place réelle de la transformation locale dans les partenariats miniers conclus par la RDC. Alors que les autorités congolaises défendent régulièrement la nécessité de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national, le schéma retenu ici renforce surtout les capacités industrielles américaines de raffinage.

Le protocole prévoit néanmoins des discussions sur un éventuel développement futur des capacités de raffinage en RDC ainsi qu’une possible participation minoritaire d’EGC dans certaines infrastructures liées au projet. À ce stade, aucun investissement industriel concret pour la transformation du cobalt n’a toutefois été annoncé sur le sol congolais.

La construction de l’usine d’EVelution Energy devrait débuter en 2027 pour une entrée en service annoncée à l’horizon 2029, selon les informations publiées par Trafigura.

Jeudi 14 mai 2026 - 12:23