Par Don Benjamin Makolo
Lors de la 10136ᵉ séance du Conseil de sécurité des Nations Unies, consacrée à la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, le représentant permanent de la République démocratique du Congo auprès de l’ONU, Zénon Mukongo Ngay, a livré une réplique ferme et sans ambiguïté sur la persistance de la crise dans l’Est du pays.
Prenant la parole après l’exposé de Huang Xia, le diplomate congolais a d’abord salué « son engagement constant à la tête du Bureau de l’Envoyé spécial pour la région des Grands Lacs », avant de dresser un tableau alarmant de la situation sécuritaire qui prévaut dans les provinces orientales de la RDC.
Dans une déclaration au ton particulièrement ferme, Zénon Mukongo Ngay a dénoncé ce qu’il qualifie de poursuite des agressions menées contre la République démocratique du Congo. « La situation sécuritaire dans l’est de mon pays demeure extrêmement préoccupante. Malgré les efforts diplomatiques et les multiples appels à la désescalade, nous observons avec regret la poursuite des agressions orchestrées par le Rwanda, agissant sous le couvert du groupe terroriste M23. »
Pour Kinshasa, cette situation constitue une atteinte grave à la souveraineté nationale ainsi qu’aux principes fondamentaux du droit international. Le représentant congolais a insisté sur le fait que cette crise dépasse le cadre strictement militaire, soulignant ses lourdes conséquences humanitaires. « Cette agression n'est pas seulement une violation flagrante de notre intégrité territoriale et de la Charte des Nations Unies, mais elle est aussi le moteur principal d'une crise humanitaire sans précédent. »
Le diplomate a évoqué le drame vécu par les populations civiles, confrontées aux déplacements massifs, aux violences armées et au pillage des ressources naturelles. « Des milliers de familles sont jetées sur les routes, fuyant les exactions, les massacres et les pillages de leurs ressources. »
Réaffirmant la position constante de Kinshasa, l’ambassadeur a exigé le retrait immédiat des forces rwandaises du territoire congolais, estimant qu’aucune paix durable ne saurait être envisagée sans cette condition préalable. « Il ne peut y avoir de paix durable sans le retrait immédiat et sans conditions des troupes rwandaises du territoire congolais. »
Il a également dénoncé l’exploitation illégale des minerais stratégiques de la RDC, qu’il considère comme l’un des moteurs de l’instabilité régionale. « Le pillage systématique de nos ressources minérales doit cesser. Ces ressources, loin d'être une malédiction, doivent bénéficier au peuple congolais et non alimenter des réseaux criminels transfrontaliers. »
Le représentant congolais a par ailleurs salué le rôle de la mission de la SADC, notamment le déploiement de la SAMIDRC, venue appuyer les forces nationales dans les opérations de sécurisation de l’Est du pays.
Toutefois, il a exhorté le Conseil de sécurité à aller au-delà des déclarations diplomatiques. « Il est temps que des sanctions ciblées soient imposées à ceux qui déstabilisent la région et qui bafouent les processus de paix de Luanda et de Nairobi. »
En conclusion, Zénon Mukongo Ngay a réaffirmé l’attachement de la RDC à une solution politique, tout en martelant que la souveraineté nationale demeure une ligne rouge non négociable. « Le peuple congolais aspire à la paix. Une paix réelle, pas une simple absence de guerre. Nous restons engagés dans la recherche d'une solution politique, mais nous ne négocierons jamais notre souveraineté ni notre intégrité territoriale. »