Affaire MCK : Félix Tshisekedi, impliqué ou pas dans la déstabilisation de Moïse Katumbi ? 

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Moïse Katumbi et Félix Tshisekedi lors des consultations pour la constitution de l'Union Sacrée de la Nation (USN) [Photo d'illustration]
Moïse Katumbi et Félix Tshisekedi lors des consultations pour la constitution de l'Union Sacrée de la Nation (USN) [Photo d'illustration]

Par Jean-Chrysostome Luntadila 

Ça fait plusieurs semaines que l'affaire MCK ne se joue plus derrière les barreaux du Katanga, mais plutôt entre les mains des proches du président de la République qui veulent bouffer du Katumbi. Il s'agit des menaces doublées d'une convocation à la présidence de la République par les personnes qui constituent le pré carré de Félix Tshisekedi. Le tollé est monté d'un cran aussitôt la dénonciation. Les activistes des droits de l'homme manifestent leur vive désolation en direction de Félix Tshisekedi après les accusations du juge président du tribunal du commerce de Lubumbashi, qui, dans une correspondance adressée au chef de l'État en date du 10 décembre 2022, démissionne avant d'énumérer les différentes pressions “politiques” subies pour condamner Moïse Katumbi.

C'est Me Peter Kazadi qui est au cœur de ce scandale judiciaire sans précédent.

En effet, le bras droit de Félix Tshisekedi est l'auteur des pressions sur le juge président pour obtenir la condamnation de l'ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi dans l'affaire qui l'oppose à Pascal Beveraggi, son ancien associé au sein de Mining Compagny Katanga. Avant la mise en exécution de ces menaces, le juge Batubenga Ilunga Laurent rend publics des messages lui promettant la mort s'il obéissait à tout prix à la loi, à savoir: 

1. «Avertissement sans frais, si tu tiens à ta vie ainsi qu'à ta carrière, tu as intérêt à ne plus t'ériger en obstacle dans la récupération par Mr Beveraggi de la Sté MCK et de son argent auprès des tiers». 

2. «Si tu continues en t'entêter à nous parlant de la loi, nous allons te faire que ce n'est pas la loi qui a fait de toi président du tricom. Nous constatons que tu affiches une volonté de soutenir Mr Moïse Katumbi alors que tu connais qu'il est opposant au régime. Nous n'allons pas te laisser l'occasion de gagner de l'argent pour nous faire concurrence aux élections».

3. «Pascal Beveraggi doit absolument reprendre cette société et celui qui s'érige en obstacle par un juridisme irréaliste subira le sort à ceux qui collaborent avec l'ennemi. Tiens-toi le pour dit et à bon entendeur, salut». 

Comme un véritable soldat envoyé au front, contre vents et marées, le juge a tenu à signifier au chef de l'État que ces menaces n'ont pas ébranlé son engagement à respecter les termes de son serment. 

Jean Claude Bukasa, est le nom du conseiller spécial ai en matière de sécurité du Président de la République qui surgit brutalement avec une convocation du juge à une séance de travail dans ses installations, le mardi 13 décembre. Ça c'est la goutte d'eau qui a débordé le vase. Si le commun de mortel s'interroge sur nature de cette invitation venant de la sécurité du chef de l'État lui-même, une telle manipulation de la justice est indigeste vis-à-vis de la société civile qui prône la démocratie et les droits de l'homme. 

L'Association congolaise pour l'accès à la justice (Acaj) trouve de quoi être troublée par ces révélations de nature à parasiter gravement la marche laborieuse vers un état de droit en RDC. 

«L'ACAJ est profondément troublées par les circonstances qui auraient conduit à la démission du juge Batubenga Ilunga Laurent, du tribunal de commerce de Lubumbashi. Les faits allégués dans sa lettre de démission sont d'une gravité extrême», a estimé Georges Kapiamba qui promet d'élargir le dossier en enquêtant sur les personnes citées. 

Une autre figure de la lutte démocratique qui a longtemps aspiré à une justice équitable depuis le régime Tshisekedi au pouvoir, Jean Claude Katende prend le président au mot. 

«Le président Tshisekedi avait promis de sanctionner toute personne de son entourage qui userait de trafic d'influence pour instrumentaliser la justice. On attend sa réaction face à la dénonciation du juge du tribunal de commerce de Lubumbashi», a déclaré sur son compte twitter le président de l'Association Africaine pour la défense et la protection des droits de l'homme (Assadho). 

Cette vague d'indignations démontrent à combien le chef de l'État Félix Tshisekedi est impliqué aussi de façon indirecte. Des telles menaces provenant de ses proches ne pouvaient pas garder longtemps silencieux le garant du bon fonctionnement des institutions de la République. Ne pas agir efficacement face à une justice téléguidée par un millionnaire étranger au détriment d'un digne fils du pays, soutiendrait l'expression d'une complicité orchestrée par la première institution du pays.