Par Serge Mavungu
L’UDPS a lancé, ce lundi 25 mai 2026, au siège national à Kinshasa, la « Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution », C4. En conférence de presse, Augustin Kabuya, secrétaire général du parti et président a.i., a présenté l’initiative comme une démarche nationale et citoyenne.
L’UDPS veut porter le débat sur la Constitution de 1992 au-delà des partis politiques. Augustin Kabuya dit vouloir adapter la loi fondamentale aux réalités actuelles du pays et associer toutes les composantes de la nation à la C4.
La C4 pour nationaliser le débat
Pour porter cette démarche, Augustin Kabuya a présenté la C4 comme une « dynamique citoyenne » qui associe confessions religieuses, société civile, mouvement associatif et acteurs politiques.
« Le problème de la Constitution, ce n’est pas un problème de politiciens tout simplement. C’est un problème national. Il faut intéresser tout le monde », a-t-il dit.
Le « 4 » symbolise « les quatre zones linguistiques » et « les quatre espaces géographiques ». L’objectif est d’éviter un débat communautaire : « L’affaire concerne tous les peuples congolais dans leur ensemble. Vous allez trouver les Bangala, vous allez trouver les Baswahili, vous allez trouver les Bakongo et les Baluba ».
La promesse d’Étienne Tshisekedi : revenir à 1992
L’UDPS dit vouloir honorer l’engagement de son président fondateur.
« Toutefois, l’UDPS avait promis au peuple congolais qu’une fois au pouvoir, nous allons toucher à cette Constitution. Aujourd’hui, nous sommes rattrapés par cette réalité historique. Nous sommes au pouvoir. Allons-nous négliger la promesse faite par notre père fondateur, docteur Étienne Tshisekedi wa Mulumba, de sainte mémoire, ou bien nous allons faire la volonté des belligérants ? », a-t-il demandé.
La référence du parti est donc la Constitution de 1992.
« Nous allons utiliser la Constitution de mille neuf cent quatre-vingt-douze. Et cette Constitution sera adaptée aux réalités actuelles. On ne peut pas effacer l’histoire de tout un peuple et favoriser seulement les gens qui avaient pris des armes pour nous imposer leur volonté », a-t-il soutenu.
Il a aussi évoqué la mémoire des martyrs du 16 février 1992 : « Le 16 février 1992, il y a eu des morts dans ce pays. Des gens qui réclamaient l’ouverture de la Conférence nationale souveraine, en mémoire de nos martyrs, les gens qui avaient écrit l’histoire de ce pays avec leur sang. Il y a le cardinal Monsengwo qui avait dirigé les travaux de la Conférence nationale souveraine, pour honorer sa mémoire, contrairement à ce que les Cholé et les Ambombo sont en train de faire, en contradiction avec les combats de Monseigneur Monsengwo et du peuple congolais en général ».
L’UDPS n’a jamais souscrit à la Constitution actuelle
Augustin Kabuya a rappelé la position historique du parti.
« Nous sommes de l’UDPS. L’UDPS n’a jamais souscrit à cette Constitution. Vous êtes d’accord avec moi. Même ceux qui veulent nous faire croire aujourd’hui que non, l’UDPS avait dit : ne touchez pas à la Constitution. Lors des référendums, il n’y a aucune vidéo que vous pouvez nous brandir aujourd’hui où l’UDPS était en train de battre campagne pour cette Constitution », a-t-il affirmé.
Selon lui, cette Constitution est « le fruit des belligérants ». Il a retracé son origine : « En mille neuf cent quatre-vingt-douze, il y avait déjà un ordre politique qui était en cours. Mais avec l’arrivée de l’AFDL, cet ordre politique a été stoppé et mis dans les oubliettes. Et quelques jours après, quand ils ne s’étaient pas mis d’accord, ils ont créé la guerre que tout le monde connaît, qui avait occasionné plus de six millions de morts. Et on nous a imposé cette Constitution par les belligérants ».
Le chef de l’État n’a jamais réclamé un 3ᵉ mandat
Interpellé sur l’avenir politique du chef de l’État après 2028, Augustin Kabuya a répondu : « Je ne sais pas si vous pouvez nous dire ici aussi que le chef de l’État, Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, s’est déjà prononcé un jour pour dire : j’ai besoin de faire un troisième mandat. Il faut arrêter de faire dire au président de la République ce qu’il n’a jamais dit », a-t-il déclaré à l’adresse d’un habitant de Goma et de Bukavu, zones occupées et affectées par l’ADF.
Pour lui, la question à Kinshasa est institutionnelle, pas personnelle : « Ici, il s’agit d’un problème de changement de la Constitution ».
Adapter la loi fondamentale aux réalités du pays
Augustin Kabuya a justifié la réforme par le décalage entre le texte et la situation actuelle.
« Quel est le péché ? D’abord, cette Constitution totalise, si je ne me trompe pas, vingt ans. Est-ce que les réalités que nous avons aujourd’hui sont vraiment conformes à cette Constitution ? Non. La réponse est non. Nous ne sommes pas obligés, ou bien esclaves, de faire la volonté des belligérants », a-t-il dit.
Il a écarté l’idée de s’accrocher au pouvoir : « Nous ne disons pas que quand nous allons changer cette Constitution, c’est pour s’éterniser au pouvoir. C’est pour voir le futur, qu’est-ce que notre peuple va devenir dans ce pays ».
La C4 doit maintenant déployer ses consultations « sur toute l’étendue du territoire et dans tous les espaces pour mieux évoluer et atteindre notre objectif de changement de la Constitution ».