Par Denise Kyalwahi
La ministre congolaise de l'Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, professeure Marie Nyange Ndambo, a exprimé sa préoccupation après avoir constaté la dégradation de plusieurs zones du Parc marin des Mangroves de Muanda, dans la province du Kongo-Central.
Lors d'une visite d'inspection effectuée sur le terrain, la ministre a relevé des signes de destruction de la mangrove ainsi que des occupations de certains espaces du parc. Elle a annoncé des mesures urgentes pour déterminer l'étendue des zones concernées et établir les responsabilités.
D'une superficie de 768 km², le Parc marin des Mangroves a été créé en 1992 et reconnu comme site Ramsar en 1996. Cet écosystème constitue une zone importante pour la biodiversité marine et sert notamment de lieu de reproduction à plusieurs espèces de poissons. Les mangroves jouent également un rôle dans la protection du littoral et la régulation du climat.
« Les mangroves, c'est un écosystème spécial, unique. Leur destruction va priver la République d'une richesse en biodiversité incommensurable », a déclaré Marie Nyange Ndambo.
Des populations déplacées pour le port de Banana
Dans le village de Lemvo, les premières informations recueillies par la délégation ministérielle montrent que la dégradation de certaines zones est aussi liée aux difficultés rencontrées par des communautés déplacées dans le cadre des aménagements du port en eau profonde de Banana.
Après leur déplacement, ces populations ont reçu des espaces destinés à leur subsistance. Mais l'insuffisance d'infrastructures et d'équipements publics aurait poussé certains habitants à déboiser des portions de mangrove pour construire des installations et développer des activités nécessaires à leur vie quotidienne.
La ministre estime toutefois que cette situation ne permet pas d'expliquer à elle seule l'ampleur des occupations constatées.
Selon les premières constatations du ministère, certaines portions du parc auraient également été occupées par des acteurs privés qui auraient invoqué des droits liés aux concessions attribuées aux communautés.
Une vérification des titres et des cartes
Pour clarifier la situation, le ministère de l'Environnement prévoit de procéder à une vérification des documents fonciers et des titres d'octroi.
L'objectif est notamment de déterminer la superficie exacte des espaces initialement accordés aux communautés déplacées et de la comparer aux zones actuellement occupées.
Le ministère prévoit également de confronter les données géospatiales actuelles aux anciennes cartes du parc afin d'identifier les éventuelles zones occupées au-delà des limites autorisées.
Cette démarche doit permettre de distinguer les espaces légalement attribués aux communautés des éventuelles occupations privées illégales.
Vers la restauration des zones récupérées
Une fois les vérifications terminées, les terres qui seraient réintégrées dans le domaine public de l'État pourraient faire l'objet d'un programme de reboisement et de restauration écologique.
La ministre a également adressé un avertissement aux personnes et entreprises qui revendiqueraient des droits acquis après la création du parc.
« Quoi qu'il en soit, les gens qui ont occupé les mangroves après la création du Parc marin des Mangroves sont dans l'illégalité. Et l'État va trancher », a-t-elle déclaré.
Des mesures administratives et judiciaires pourraient être prises contre les occupants considérés comme illégaux, après la finalisation de l'évaluation technique.
À Muanda, l'enjeu dépasse ainsi la seule protection des arbres. La préservation des mangroves concerne également les ressources halieutiques, la biodiversité marine, la protection du littoral et la capacité de cet écosystème à contribuer à la lutte contre les effets du changement climatique.
Le gouvernement congolais entend désormais s'appuyer sur les vérifications foncières et les données géospatiales pour déterminer les espaces à récupérer et engager leur restauration.