Par Gloire Balolage
Douze jours après l'annonce par le président Félix Tshisekedi de la mise en place d'un dialogue national, l'opposant et ancien député André Claudel Lubaya estime que l'initiative s'enlise déjà dans une impasse. Dans une déclaration consacrée à ce processus, il dénonce ce qu'il considère comme un manque de clarté sur les contours, les objectifs et le calendrier du dialogue. Selon lui, l'initiative produit « beaucoup de bruit, mais toujours aucune lumière » et apparaît déjà comme une démarche mal maîtrisée.
André Claudel Lubaya critique également la manière dont le pouvoir présente cette initiative. Il estime que les relais du pouvoir cherchent à faire passer le forum pour une grande rencontre d'unité nationale, alors que, selon lui, certaines parties prenantes en sont exclues dès le départ. Pour l'ancien député, les explications avancées jusqu'ici ne permettent pas de dissiper les interrogations. Il considère ainsi que les incohérences et les contradictions entourant le processus alimentent davantage le doute et la méfiance.
L'opposant place notamment la question de l'inclusivité au centre de ses critiques. Il rappelle que, dans le schéma initial, le pouvoir entendait exclure les groupes armés, notamment l'AFC/M23, en considérant que le processus de Doha devait déjà prendre en charge cette dimension. Mais, selon lui, le périmètre des exclusions se serait progressivement élargi. Il affirme que cette situation concerne désormais également les Églises catholique et protestante, qu'il présente comme des acteurs importants de la conscience nationale et comme porteuses du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble.
Pour André Claudel Lubaya, cette approche aurait contribué à bloquer la mise en place effective du dialogue. Il reproche au pouvoir de Tshisekedi de vouloir décider seul et estime que l'opposition ainsi que l'absence d'un comité d'organisation qu'il juge inclusif et représentatif ont accentué les difficultés. À ses yeux, les hésitations actuelles et l'absence d'existence formelle du dialogue, malgré son annonce, seraient la conséquence de ces contradictions.
L'ancien député s'interroge par ailleurs sur la cohérence entre les objectifs officiellement affichés du dialogue et les acteurs qui en sont exclus. Il relève que le pouvoir dit vouloir pacifier le pays, restaurer l'autorité de l'État et rétablir la cohésion nationale, tout en maintenant à l'écart les protagonistes directs de la guerre. Pour lui, il est difficile de parvenir à une solution durable au conflit sans engager une discussion avec ceux qui y sont directement impliqués.
André Claudel Lubaya remet également en question l'argument selon lequel le processus de Doha justifierait l'exclusion de l'AFC/M23 du dialogue national. Il soutient que, jusqu'ici, ce processus n'a pas permis, selon son appréciation, d'aboutir à un cessez-le-feu, de mettre fin aux combats ou de parvenir à un règlement politique global. Il estime dès lors que l'échec ou les limites d'un processus ne peuvent servir de justification aux insuffisances d'un autre. Il appelle ainsi à une articulation cohérente entre les différents mécanismes engagés pour rechercher une sortie de crise.
Dans la suite de sa déclaration, Lubaya accuse le pouvoir de poursuivre une stratégie qui, selon lui, privilégierait la conservation du pouvoir au détriment de la recherche de la paix. Il affirme que la guerre serait devenue, dans son analyse, un « fonds de commerce politique », permettant notamment de justifier des dépenses qu'il qualifie d'incontrôlées et de préparer les esprits à une éventuelle non-tenue des élections dans les délais. Il considère cette orientation non pas comme une solution à la crise, mais comme une stratégie de conservation du pouvoir par la crise.
André Claudel Lubaya se montre particulièrement sévère envers Félix Tshisekedi. Il l'accuse de privilégier « l'instinct de conservation du pouvoir » et lui impute la responsabilité de l'enlisement des différents processus de paix. L'opposant affirme que le chef de l'État aurait fait le choix de la guerre, de la balkanisation et de la perpétuation de la crise au service de calculs politiques. Il conclut que ceux qui continuent d'attendre du président une issue pacifique ou un dialogue risquent, selon lui, de connaître « de cruelles désillusions », avant de poser une dernière interrogation : « D'où l'impasse. Mais jusqu'à quand ? »
Les divergences autour du dialogue national portent principalement sur son niveau d'inclusivité, ses objectifs et son articulation avec les autres processus de paix en cours. Alors que le pouvoir entend distinguer le dialogue national des négociations avec les groupes armés, certains acteurs estiment au contraire qu'une véritable recherche de paix nécessite d'associer, directement ou indirectement, toutes les parties concernées par la crise.
Cette différence d'approche alimente les débats sur la représentativité du processus, la place des Églises et des forces politiques ainsi que sur sa capacité à répondre simultanément aux enjeux politiques, sécuritaires et sociaux du pays. Au-delà des positions divergentes, l'enjeu demeure donc de parvenir à un cadre suffisamment inclusif, clair et cohérent pour éviter que les différents mécanismes de paix ne se concurrencent ou ne se contredisent.