Par Prosper Buhuru
L’ancien ministre congolais de la Santé, le Dr Jean-Jacques Mbungani, appelle à renforcer la vigilance face à la 17e épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo. Dans une tribune publiée, ce mercredi 16 septembre 2026, il estime que la riposte ne doit pas être évaluée uniquement à partir de la courbe nationale, au regard des différences observées entre les provinces affectées.
Cette réaction intervient après les déclarations du professeur Jean-Jacques Muyembe sur une épidémie évoluant « à deux vitesses », avec une amélioration notable en Ituri mais une transmission qui reste préoccupante au Nord-Kivu. Le directeur général de l’INRB a notamment indiqué que le pic était derrière l’Ituri, tout en appelant à davantage d’efforts au Nord-Kivu.
Jean-Jacques Mbungani reprend cette lecture, mais y ajoute ce qu’il présente comme une « troisième vitesse » : le risque d’exportation du virus vers d’autres provinces à la faveur des déplacements de population.
L’ancien ministre cite notamment le cas de Gwaka, dans la province du Sud-Ubangi, où un cas confirmé d’Ebola a été enregistré après le déplacement d’un jeune homme depuis le Sud-Kivu. Le Sud-Ubangi est ainsi devenu la septième province touchée par l’épidémie.
Pour Mbungani, cette situation montre la nécessité d’un suivi rigoureux des personnes ayant été en contact avec des cas confirmés. Il estime qu’un contact non suivi pourrait contribuer à l’apparition d’une nouvelle chaîne de transmission dans une autre zone.
Son analyse intervient alors que les données officielles montrent une situation géographique contrastée. Au 10 septembre, la RDC comptait 7 022 cas confirmés et 3 398 décès dans sept provinces. L’Ituri demeurait la province la plus touchée, tandis que le Nord-Kivu enregistrait également une transmission importante.
Dans sa tribune, Jean-Jacques Mbungani évoque également des alertes à Gbadolite, dans le Nord-Ubangi, et à Boso Modanda, dans la Mongala. Il considère que l’extension géographique de l’épidémie impose une surveillance accrue des mouvements de population, particulièrement sur les voies fluviales.
Il recommande notamment de renforcer le suivi quotidien des contacts et de donner davantage de moyens aux équipes déployées sur le terrain. Il propose également la mise en place d’un dispositif de surveillance dans les principaux ports fluviaux de la Mongala, de l’Équateur et des provinces du Nord-Ubangi et du Sud-Ubangi.
Pour l’ancien ministre, la publication des données devrait également être davantage détaillée par province. Il invite les autorités à présenter des courbes épidémiologiques distinctes afin que l’évolution locale de la maladie ne soit pas masquée par une éventuelle baisse de la courbe nationale.
Jean-Jacques Mbungani reconnaît les progrès enregistrés dans la riposte et salue notamment le travail de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et des équipes engagées sur le terrain.
Mais il appelle à ne pas considérer la baisse récente des contaminations comme la fin de l’épidémie. Cette prudence rejoint les mises en garde formulées ces derniers jours par l’OMS, qui constate des progrès en Ituri mais souligne que la situation demeure préoccupante, notamment au Nord-Kivu, alors que l’épidémie s’est étendue à une septième province.
Pour l’ancien ministre de la Santé, la baisse actuelle doit plutôt être considérée comme une « fenêtre d’opportunité » pour intensifier la surveillance, le suivi des contacts et les capacités de réaction dans les zones à risque.
La situation reste donc évolutive. Les données de l’ECDC arrêtées au 14 septembre faisaient état de 7 258 cas confirmés et 3 510 décès, avec 78,6 % des contacts identifiés faisant l’objet d’un suivi dans les provinces affectées.