30ème anniv' de la marche des Chrétiens: la bravoure des victimes et participants saluée

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Messe en hommage aux victimes du 16 février 1992
Messe en hommage aux victimes du 16 février 1992

Par Stella Ungaro

30 ans se sont déjà écoulés depuis la marche de l'espoir, aussi appelée marche des Chrétiens, qui s'est soldée par une violente et cruelle répression des fidèles par le régime Mobutu en 1992. 

Pour honorer la mémoire des martyrs, le Collectif du 16 février (C16F) a organisé une conférence-débat axée sur le thème: "30 ans, 1992-2022, les croyants congolais toujours interpellés au courage politique", et déroulée sous la facilitation du point focal du Rodhecic et coordonnateur du C16F, Paul Kabeya.

La salle des conférences du CEPAS, dans la commune de la Gombe, a accueilli ce moment de réflexion, marqué par plusieurs temps forts, à savoir la conférence animée par le professeur Thierry Landu, les échanges avec les participants, la lecture du message des martyrs par l'abbé José Mpundu, la lecture de l'appel du 30ème anniversaire lu par un jeune de la Lucha, des témoignages par Julien Ngengu et Mido suivis de la prière finale.

Après la prière d'ouverture affichée à l'écran géant et lue par tous les participants, suivie de l'hymne national, le Père Rigobert Minani a pris la parole pour son mot de bienvenue. Il a annoncé que le Collectif 16 Février a mis en place une équipe qui travaille pour voir comment approcher l'Assemblée Nationale pour concrétiser la résolution prise à la Conférence Nationale Souveraine, CNS, entre autre celle d'instituer la journée du 16 février comme une journée des martyrs de la démocratie et qui sera férié et chômée sur toute l'étendue du territoire de la République et commémorée en mémoire des frères et sœurs tués le 16 février et le 1er mars. Aussi, il a rappelé une des actions initiées par le C16F lors de la dernière commémoration, celle de demander à l'archidiocèse de Kinshasa de permettre au Collectif d'élever une stèle à la Paroisse Saint Joseph de Matonge où seront inscrits les noms des martyrs du 16 février.

"En célébrant aujourd'hui la messe de ce jour à la Paroisse St Joseph, nous voudrons renouer avec cette demande. Une correspondance allant dans ce sens a déjà été envoyé à l'ordinaire du lieu de Kinshasa" a dit le Père Minani.

Son intervention a été suivie de celle du Professeur Thierry Landu, conférencier du jour. A travers le thème : " 30 ans, 1992-2022, les croyants congolais toujours interpellés au courage politique", il a eu des mots justes pour réveiller la conscience du congolais. 

Le professeur Thierry Landu n'a pas eu de mots tendres qu'il a placés chacun a sa place et dans son contexte pour traduire la situation actuelle du congolais dont il a peint un tableau très sombre. 

Armée et PNC, guerres ethniques, injustices sociales, pléthore à l'Assemblée nationale, sénat et maison civile inutilement budgétivores, Ceni manipulée, insécurité permanente à l'Est du pays, arrestations arbitraires, sont des sujets qu'il a abordés et mis sur le compte des ficelles que le congolais doit absolument couper pour redevenir ce croyant du 16 février 1992 qui doit relever le défi du prochain 16 février .

Dans son speech, animé de la rage d'éveiller la conscience collective des congolais pour se doter d'un pouvoir légitime par une démocratie digne de ses élus, le Professeur Thierry a énuméré ces ficelles qui empêchent d'y accéder notamment la manipulation, la religion, la fatalité, la peur.

"Braver la peur, c'est quitter les sentiers battus d'une observation électorale devenue au fil de temps un juteux business électoral qui transforme et croyants et princes de notre église en fonctionnaires électoraux, tous accompagnateurs complices conscients ou inconscients des processus électoraux douteux"

Et de conclure:" Non, lors des élections de 2023, mobilisons nous et préparons nous activement à tous les niveaux pour des élections zéro fraude et donner enfin à notre démocratie ses dignes élus. Tous, des fils et filles dotés d'un pouvoir politique beau parce que vraie, légitime et utile à la nation. Tel est le défi de notre prochain 16 février.

A l'issue de cette conférence, les participants se sont joints à d'autres fidèles à la paroisse St Joseph à Matonge dans la commune de Kalamu où une messe a été dite en la mémoire des martyrs par l'abbé Bonaventure Lawu, célébrant principal.

Il est longuement revenu sur son témoignage qui a permis non seulement de retracer les faits tels qu'ils se sont réellement déroulés le 16 février 1992 mais aussi de rétablir la vérité.

Toutefois, l'abbé Bonaventure Lawu a insisté sur le fait que ce jour là, le peuple n'a pas réclamé le pouvoir, juste la réouverture de la conférence nationale souveraine.

Il faut signaler que plusieurs mouvements citoyens, les membres de la société civile, les organisateurs de la marche du 16 février 1992 ainsi que plusieurs personnalités politiques ont pris participé à cette messe. Ils ont non seulement rendu hommage aux martyrs du 16 février mais aussi à ces vaillants compatriotes tombés en 2015, 2017 et 2018 ainsi que quelques organisateurs de la marche de l'espoir déjà décédés dont la bravoure a été saluée.

Jeudi 17 février 2022 - 07:45