Par Serge Mavungu
La scène culturelle kinoise s’apprête à vibrer au rythme de la première édition du festival international "Série 7", prévue du 11 au 13 avril. Une aventure artistique pensée comme un acte de résistance face à la tourmente, où théâtre, danse, musique et humour se donnent rendez-vous.
En lever de rideau : "Blue-band et Mojito", une pièce à la fois intime et universelle, signée par l’écrivaine et journaliste Bibish Marie Louise Mumbu. Portée en lecture par la comédienne et professeure de théâtre Albertine Itela, l’œuvre s’enracine dans une douleur personnelle [la perte de sa mère en 2022] avant de s’ouvrir à des résonances collectives.
"Cette pièce est née à Montréal, mais elle revient à Kinshasa avec toute la charge émotionnelle que porte son histoire", a confié l’autrice, lors d’une conférence de presse. "Je préfère garder la suite sous silence, pour préserver l’effet de surprise."
Mais au-delà des émotions intimes, "Série 7" se veut une tribune pour dire l’indicible, celui d’un pays confronté à une guerre qui ronge. Pour Christian Mualu, figure de la scène culturelle congolaise et co-organisateur du festival, il s’agit d’un cri collectif, une manière pour les artistes de ne pas se taire face à l’agression que subit notre territoire."
Le festival mise sur une programmation jeune et éclectique, mêlant représentations théâtrales, spectacles de danse, concerts, performances humoristiques et carnavals urbains. Un terrain fertile pour que l’expression artistique se fasse levier de résilience.
Un hommage vivant à Kalema Mbuyu
Moment fort de cette édition : un hommage rendu, de son vivant, au comédien et écrivain Kalema Mbuyu, salué pour l’ensemble de son œuvre. "Il ne s’agit pas de le distinguer au détriment d’autres talents congolais, mais de souligner la continuité d’une mémoire artistique", souligne Mualu. "Kalema est de ceux qui ont marqué leur époque par la puissance de leur plume et de leur présence sur scène."
Le nom "Série 7" n’a rien d’anodin. Il incarne à la fois une filiation générationnelle [les trois fondateurs du festival étant nés dans les années 1970] et un clin d’œil à une époque marquée par de grandes heures de visibilité pour la RDC. "L’esprit du 30 octobre 1974, jour du combat mythique entre Mohamed Ali et George Foreman à Kinshasa, plane encore sur notre mémoire collective", expliquent les organisateurs.
À travers "Série 7", Kinshasa ne célèbre pas seulement l’art, elle le revendique comme outil de transmission, d’éveil et de résistance. Un appel vibrant à replacer la culture au cœur du devenir congolais.