Par Prehoub Urprus
Les habitants de Bushushu, Nyamukubi et leurs environs, dans le territoire de Kalehe, au Sud-Kivu, ont, dimanche 4 mai 2025, bravé la douleur du souvenir pour rendre hommage aux milliers de victimes des catastrophes naturelles survenues exactement deux ans plus tôt. L’émotion était vive, la dignité palpable, mais l’accompagnement institutionnel, lui, brillait par son absence.
Au cœur de Bushushu, une messe œcuménique s’est tenue à la chapelle catholique de Kanyunyi. Une foule silencieuse s’y est rassemblée pour prier. Puis, dans un élan de mémoire partagée, les participants ont rejoint la fosse commune de Kamulanga. Là, fleurs naturelles à la main, les familles ont honoré les défunts avec recueillement. Une bénédiction des lieux a précédé un "bain de consolation", humble rituel improvisé par les familles, selon leurs moyens.
"Cette journée aurait mérité plus d’égards", regrette Clément Rubambiza, notable local. "Ni l'État ni les autorités provinciales ne nous ont accompagnés. Ce silence blesse autant que le souvenir."
À quelques kilomètres de là, au camp de Katashola à Muhongoza, les sinistrés déplacés ont eux aussi tenu une messe. Une fleur jaune à la main, chacun a honoré un proche disparu. Pour Lawi Rushisha Chrispin, leur représentant, l’anniversaire de la tragédie ravive un second traumatisme : celui de l’oubli. "Nous vivons sans aide, entre promesses évaporées et conditions de vie dégradantes. Même la guerre est venue aggraver notre sort", témoigne-t-il. Le nombre de ménages sur place est passé de 983 à 637. Plusieurs fuient, d’autres ne survivent pas.
Pendant ce temps, à Kinshasa, l’ERTKA -Entente des ressortissants de Kalehe- a organisé une messe d’action de grâce à la cathédrale Notre-Dame de Lingwala. Autorités, élus et membres de la diaspora s’y sont retrouvés pour une cérémonie ponctuée de plaidoyers en faveur des victimes des inondations et des conflits. Le professeur Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat, y a pris part.
Des commémorations ont également eu lieu à Bukavu et Goma, mobilisant les communautés originaires de Kalehe dans un élan solidaire.
Mais sur le terrain, les stigmates restent béants. Le site de Bushushu, toujours déclaré impropre à toute construction, voit pourtant quelques familles y retourner, poussées par la précarité. L’option de reboiser le secteur, évoquée après le drame, est restée lettre morte.
Pour mémoire, le 4 mai 2023, une pluie diluvienne s’était abattue sur les hauts plateaux fortement déboisés de Kalehe, provoquant glissements de terrain et inondations. Le bilan, jamais officiellement établi, évoque des milliers de morts, disparus et blessés, ainsi que d’importants dégâts matériels. Deux ans plus tard, la douleur reste, les réponses manquent.