Par Prosper Buhuru
La vie quotidienne s’est presque figée, dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu. Dans le secteur des Bapere et le groupement Manzia, la présence persistante des ADF a plongé les villages dans une spirale de violences qui ne laisse plus de répit aux habitants : assassinats ciblés, incendies de structures sanitaires et incursions armées à répétition. Les cris d’alarme se multiplient au rythme des attaques.
Depuis Butembo, où il s’est confié à la presse, Kakule Kagheni Samuel, président de la société civile des Bapere, décrit un territoire vidé de ses services essentiels. Selon lui, l’insécurité a entraîné l’arrêt total des activités scolaires dans la sous-division de Njiapanda et la mise hors service de plusieurs structures médicales dans les zones de santé de Biena et Mangurejipa.
Le tableau est sombre. Quarante-deux écoles ont cessé de fonctionner, emportées par la peur et les fusillades qui éclatent parfois en pleine matinée.
"Comment enseigner quand à tout moment les tirs peuvent recommencer ?", s’interroge le leader communautaire, rappelant que les enfants quittent les classes en catastrophe dès la moindre alerte. À ses yeux, la sous-division scolaire elle-même est désormais "démantelée par l’insécurité".
Le secteur de la santé n’est guère mieux loti. À Mangurejipa, seules quatre aires de santé assurent encore des services minimums, faute de personnel et de sécurité. D’autres structures ont été incendiées ou pillées, poussant les infirmiers à fuir ou à travailler sous une pression constante. Le même scénario se répète à Biena, où les prestataires exigent des garanties avant toute reprise normale.
Face à cet effondrement progressif des services publics, la société civile appelle l’État à sortir de l’immobilisme. Pour elle, la réponse doit passer par des opérations militaires d’envergure contre les ADF, soutenues par le déploiement de nouvelles unités FARDC et un engagement ferme du Gouvernement à restaurer l’autorité de l’État.
Selon les données compilées par les forces vives locales, plus de 2.650 civils ont été tués par les ADF depuis juin 2024 dans cette partie du Lubero. Un chiffre qui illustre l’ampleur du drame et l’urgence d’une action immédiate.