Par Gloire Balolage
La riposte menée contre la 16ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola dans la zone de santé de Boulapé, au Kasaï, s’est soldée par un double résultat : une extinction rapide de l’épidémie et une mobilisation financière significative. Selon l’Institut national de santé publique (INSP), près de la moitié du budget global estimé entre 71 et 72 millions de dollars américains a été mobilisée pour contenir cette flambée déclarée en septembre 2025.
Cette réponse coordonnée a permis à la République démocratique du Congo de déclarer officiellement la fin de l’épidémie le 1ᵉʳ décembre 2025, après 42 jours consécutifs sans nouveau cas. Un délai jugé court au regard des précédentes expériences du pays avec Ebola, et qui traduit, selon les autorités sanitaires, un changement notable dans la manière de gérer les urgences de santé publique.
Pour le Directeur général de l’INSP, le Dr Dieudonné Mwamba Kazadi, cette performance est le fruit d’une anticipation opérationnelle. Dès l’apparition de rumeurs de cas suspects, le Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP) avait déjà enclenché les premières actions sur le terrain, permettant une transition immédiate vers une riposte structurée dès la confirmation du premier cas.
Le responsable de l’INSP souligne que cette approche repose désormais sur une institution permanente, rompant avec les dispositifs temporaires déployés lors des épidémies antérieures. Cette organisation permet d’agir sans délai, avec des équipes prépositionnées, des plans d’intervention préétablis et une capacité de réaction indépendante des procédures de mobilisation tardive de financements.
Sur le plan technique, la riposte a combiné plusieurs stratégies clés, notamment l’installation d’un laboratoire mobile, la prise en charge rapide des malades et une campagne de vaccination ciblée. La réduction du délai de diagnostic à moins de 24 heures a favorisé une détection précoce des cas, tandis que la vaccination en ceinture a permis de protéger les soignants et les communautés exposées.
La réussite de cette intervention repose également sur un appui financier et logistique conséquent. Le Gouvernement congolais, appuyé par plus d’une vingtaine de partenaires internationaux, nationaux et locaux, a contribué à hauteur d’environ 50 % du budget global. Chaque acteur est intervenu selon son domaine de compétence, facilitant une mise en œuvre rapide malgré les contraintes liées à l’enclavement de Boulapé.
Au-delà des moyens techniques et financiers, l’adhésion communautaire a joué un rôle déterminant. Les autorités sanitaires ont travaillé en étroite collaboration avec les leaders coutumiers et religieux pour renforcer la confiance de la population. Cette approche a permis de lever les réticences initiales dans un contexte marqué par des infrastructures dégradées et la peur ayant provoqué la fuite de certains agents de santé.
Enfin, l’INSP annonce une nouvelle phase axée sur la durabilité. Un plan de résilience de 90 jours a été lancé à Boulapé afin de renforcer le système de santé local à travers des formations et la mise en place d’équipes d’intervention rapide. L’objectif est de rendre la zone capable de faire face à d’éventuelles crises futures sans dépendre exclusivement des interventions venues de Kinshasa, inscrivant ainsi cette riposte comme un modèle à consolider.