Par Gloire Balolage
La célébration de l’Aïd el-Fitr à Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, s’est déroulée dans une atmosphère mêlant ferveur religieuse et inquiétude sécuritaire persistante. Dans cette région de l’Est de la République démocratique du Congo, marquée par des années de violences, les fidèles musulmans ont tenu à faire de cette fête un moment de recueillement, mais aussi de réflexion sur la paix.
Des milliers de croyants se sont rassemblés pour la grande prière marquant la fin du mois sacré du Ramadan. Cette mobilisation importante a illustré l’attachement de la communauté musulmane à ses valeurs spirituelles, malgré un contexte sécuritaire toujours fragile. Entre invocations et messages de paix, les fidèles ont exprimé leur aspiration à un retour durable à la stabilité dans la région.
C’est sur le terrain de football de Kimbangu que la prière collective a été organisée. À cette occasion, la communauté musulmane de Beni a élevé la voix pour dénoncer les exactions attribuées aux Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé d’origine ougandaise actif dans cette partie du pays. Les responsables religieux ont saisi cette tribune pour condamner des actes qu’ils jugent en totale contradiction avec les principes de l’islam.
Prenant la parole, le Sheikh Muhindo Luhavo a, au nom de la communauté, exprimé une ferme désapprobation face aux violences perpétrées par les ADF. Il a insisté sur le fait que ces agissements ne reflètent en rien les valeurs de la foi musulmane. Selon lui, les massacres et autres atrocités commis par ce groupe contribuent plutôt à ternir l’image de l’islam, qu’ils prétendent pourtant représenter.
Dans la même dynamique, le leader religieux a appelé les fidèles à adopter une attitude responsable face à la menace sécuritaire. Il les a exhortés à faire preuve de vigilance et à collaborer avec les autorités en signalant tout comportement suspect, estimant que la sécurité est une responsabilité partagée entre les citoyens et les institutions de l’État.
Au-delà de la dénonciation des violences, cette célébration a également été marquée par un message fort en faveur de la cohésion sociale. La communauté musulmane de Beni a réaffirmé son engagement en faveur de la paix, du vivre-ensemble et de la coexistence harmonieuse avec les autres composantes de la société locale, dans une région souvent fragilisée par les conflits.
Il convient de rappeler que les ADF sont accusés de nombreux crimes dans les territoires de Beni et en Ituri, notamment des massacres de civils, des enlèvements, des pillages ainsi que des attaques répétées contre des villages. Ces violences, qui endeuillent régulièrement les populations locales, continuent d’alimenter un climat de peur et d’insécurité, rendant d’autant plus pressant l’appel des communautés à la paix et à la protection des civils.