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Communication pour la santé en RDC : « Il est temps de produire nos propres preuves scientifiques » [Tribune de Mireille LUSIENSE ZENA, experte en communication]

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Mireille LUSIENSE ZENA, experte en communication
Mireille LUSIENSE ZENA, experte en communication

La République démocratique du Congo est confrontée depuis plusieurs décennies à des défis sanitaires d’une ampleur exceptionnelle. Les épidémies d’Ebola, de choléra, de rougeole, de mpox, les flambées de poliomyélite, la lutte contre le paludisme ou encore les enjeux liés à la santé maternelle et infantile rappellent chaque année qu’aucune réponse sanitaire ne peut réussir sans une communication efficace.

Aujourd’hui, plus personne ne conteste que la communication pour la santé sauve des vies. Elle informe, rassure, mobilise les communautés, favorise l’adoption de comportements protecteurs et renforce la confiance entre les populations et le système de santé. Pourtant, une question fondamentale mérite d’être posée : sur quelles preuves scientifiques reposent les stratégies de communication que nous mettons en œuvre en République démocratique du Congo ?

Force est de constater que notre pays dispose de nombreuses expériences, de professionnels compétents et d’interventions ambitieuses. Cependant, il existe encore trop peu d’études scientifiques permettant de mesurer l’efficacité réelle de ces interventions, de comprendre les facteurs qui influencent les comportements des populations ou d’identifier les approches les plus adaptées à nos réalités sociales, culturelles et linguistiques.

Bien souvent, nous affirmons que telle campagne a fonctionné, que tel message a changé les comportements ou que telle stratégie a renforcé l’adhésion des communautés. Mais combien de ces affirmations sont appuyées par des recherches rigoureuses réalisées dans le contexte congolais ? Combien d’entre elles reposent sur des données probantes plutôt que sur des impressions ou des observations ponctuelles ?

Cette situation ne remet pas en cause le travail remarquable accompli par les institutions publiques, les organisations nationales et internationales, ni celui des nombreux professionnels engagés sur le terrain. Elle révèle plutôt une faiblesse structurelle : la recherche en communication pour la santé demeure encore insuffisamment développée dans notre pays.

Or, chaque crise sanitaire nous rappelle que les comportements humains jouent un rôle déterminant dans le succès des interventions de santé publique. L’acceptation d’un vaccin, le recours précoce aux soins, l’adhésion aux mesures de prévention, la confiance envers les autorités sanitaires ou encore la lutte contre les rumeurs dépendent largement de la qualité de la communication.

Dans un contexte marqué par la diversité culturelle, linguistique et géographique de la RDC, les solutions importées ne peuvent être appliquées mécaniquement. Elles doivent être adaptées, testées, évaluées et enrichies à partir des réalités congolaises. Cela suppose de produire des connaissances scientifiques locales capables d’éclairer les décisions publiques et d’améliorer durablement les programmes de santé.

Il devient donc nécessaire de promouvoir une véritable culture de la recherche en communication pour la santé. Cette recherche ne doit pas rester confinée aux universités ou aux publications scientifiques. Elle doit accompagner les programmes de santé, nourrir les politiques publiques, guider les campagnes de communication et contribuer à une meilleure utilisation des ressources disponibles.

Investir dans la recherche en communication pour la santé, ce n’est pas créer une discipline supplémentaire. C’est renforcer l’efficacité de toutes les interventions sanitaires. Une campagne bien conçue et scientifiquement évaluée peut améliorer la couverture vaccinale, réduire les résistances communautaires, favoriser l’adoption de comportements protecteurs et, au final, sauver des vies.

La République démocratique du Congo dispose des compétences nécessaires pour relever ce défi. Des chercheurs, des universitaires, des professionnels de la communication, des spécialistes de la santé publique et des acteurs communautaires travaillent déjà avec engagement sur ces questions. Il est temps de créer davantage de passerelles entre ces expertises afin de produire des connaissances utiles à notre pays.

L’avenir de la communication pour la santé en RDC ne dépendra pas uniquement de notre capacité à diffuser des messages. Il dépendra surtout de notre capacité à comprendre, grâce à la recherche, pourquoi certains messages fonctionnent, pourquoi d’autres échouent et comment construire des stratégies adaptées aux réalités de nos communautés.

Notre pays a souvent démontré sa capacité à faire face aux crises sanitaires. Il peut désormais devenir un acteur de référence dans la production de connaissances scientifiques en communication pour la santé. Car les décisions les plus efficaces sont celles qui s’appuient sur des preuves, et les preuves les plus pertinentes sont celles que nous produisons nous-mêmes, pour répondre aux défis qui sont les nôtres.

Lundi 27 juillet 2026 - 09:47