Par Gloire Balolage
Au cœur de la stratégie de santé publique à Bunia, dans la province de l’Ituri, la bataille contre la désinformation et la maladie prend une tournure originale. Acteurs incontournables du quotidien urbain dans cette région du nord-est de la République démocratique du Congo, soixante conducteurs de taxi-moto ont troqué, pendant quelques heures, leur guidon pour un rôle de sentinelles communautaires.
Réunis lors d’un atelier de formation tenu ce jeudi, ces professionnels de la route ont été préparés à devenir de véritables relais dans la lutte contre la propagation du virus Ebola et les fausses rumeurs qui entravent la riposte.
Le choix de ces acteurs locaux ne doit rien au hasard. Positionnés quotidiennement sur les parkings situés aux abords immédiats de l’Hôpital général de référence de Bunia, ces motards se retrouvent en première ligne lors du transport des usagers et des personnes souffrantes. Cette proximité constante avec la population et leur forte mobilité à travers les artères de la ville en font des relais d’information précieux, au plus près des réalités du terrain.
Au cours des échanges, l’accent a été mis sur la maîtrise des mécanismes de transmission de la maladie et sur l’adoption des mesures de prévention individuelles et collectives. Agent chargée de la communication au sein d’Africa CDC, Furaha Toto a souligné l’importance de doter ces conducteurs de connaissances solides. Il s’agit avant tout de leur apprendre à se protéger eux-mêmes, tout en leur donnant les moyens nécessaires pour identifier et réfuter les fausses informations qui circulent au sein de la communauté.
Outre la transmission des gestes barrières, la formation a abordé des aspects très concrets et souvent délicats de la riposte sanitaire. Les participants ont ainsi été informés du fonctionnement des opérations de désinfection des logements, encadrées par le pilier Prévention et contrôle des infections (PCI). Les équipes de sensibilisation ont également détaillé le protocole régissant les enterrements dignes et sécurisés (EDS), des étapes cruciales, mais souvent sources de tensions ou de fausses interprétations au sein des familles.
L’ambition majeure de cette initiative repose sur un objectif d’impact à grande échelle. En misant sur l’effet de levier offert par ces conducteurs, les organisateurs espèrent créer une véritable chaîne de transmission du savoir. Comme l’a expliqué Furaha Toto, si chacun de ces soixante motards sensibilise à son tour au moins dix personnes dans son entourage ou parmi ses clients, ce sont rapidement six cents citoyens qui pourront accéder à des informations fiables et vérifiées.
Dans le contexte complexe des urgences de santé publique, la circulation incontrôlée des rumeurs constitue un obstacle majeur susceptible de compromettre l’efficacité des interventions médicales. En multipliant ces relais d’information au plus près des habitants, les responsables de la communication cherchent à installer un climat de confiance et à contenir la désinformation avant qu’elle ne nuise aux efforts collectifs déployés sur le terrain.
Grâce à cette approche ancrée dans le tissu social local, les acteurs de la riposte affichent un optimisme prudent quant à la suite des opérations. En impliquant directement des figures respectées et écoutées de la communauté, les équipes spécialisées consolident leur ancrage auprès de la population. Une avancée jugée essentielle par Furaha Toto, qui rappelle que l’objectif ultime de cette mobilisation citoyenne reste de contribuer à l’extinction définitive de l’épidémie d’Ebola dans la région.