Par Denise Kyalwahi
Dans un contexte marqué par l’incertitude sécuritaire et la perturbation des activités universitaires dans l’Est de la République démocratique du Congo, l’organisation SOS PREMA RDC appelle les jeunes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu à ne pas céder au découragement et à l’oisiveté. Elle les encourage à mettre à profit cette période d’incertitude pour développer des compétences, créer des activités génératrices de revenus et contribuer à la résilience de leurs communautés.
Cet appel intervient à la suite de la décision des autorités compétentes portant suspension, jusqu’à nouvel ordre, des activités académiques et para-académiques dans les établissements publics d’enseignement supérieur de Goma et Bukavu, et aussi au Nord et Sud-Kivu pour l’année académique 2026-2027.
Pour de nombreux étudiants et jeunes, cette situation représente bien plus qu’une interruption des études. Elle crée également une période d’incertitude susceptible d’avoir des conséquences économiques et sociales importantes pour des familles déjà confrontées aux effets de la crise sécuritaire.
Face à cette situation, SOS PREMA RDC, sous la coordination de Rolande Baruti, estime que l’entrepreneuriat et l’acquisition de compétences pratiques peuvent constituer des moyens de renforcer la résilience de la jeunesse en attendant le retour à une situation permettant la reprise normale des activités universitaires.
Pour elle, l’interruption prolongée des activités académiques risque de laisser de nombreux jeunes sans occupation structurée.
Dans une région confrontée depuis plusieurs années aux conflits armés, au chômage et à la précarité économique, l’absence de perspectives peut accroître la vulnérabilité de certains jeunes face à la criminalité, aux manipulations, aux discours de haine ou encore aux tentatives de recrutement par différents groupes violents.
L’organisation estime ainsi qu’il est nécessaire de multiplier les initiatives capables d’occuper les jeunes de manière constructive, tout en leur permettant de développer des compétences utiles à leur avenir.
L’objectif n’est pas de considérer l’entrepreneuriat comme un substitut à l’université, mais comme un outil complémentaire de résilience économique et sociale pendant cette période exceptionnelle.
Transformer l’attente en opportunité
À travers son programme « Éveil entrepreneurial féminin », initié par Mme Rolande Baruti, SOS PREMA RDC encourage les jeunes, filles comme garçons, à profiter de cette période pour apprendre, expérimenter et développer de petites initiatives économiques adaptées aux réalités locales.
Plusieurs secteurs peuvent notamment offrir des possibilités : l’agrotransformation, l’agriculture, le petit commerce, l’artisanat, les services numériques, la transformation et la commercialisation des produits locaux, ainsi que d’autres activités répondant directement aux besoins des communautés.
Au-delà de la création d’activités génératrices de revenus, l’organisation insiste sur l’importance de l’apprentissage de compétences telles que la gestion de projets, le leadership, l’éducation financière, le marketing, la communication et l’utilisation des outils numériques.
Ces compétences peuvent permettre aux jeunes non seulement de traverser cette période difficile, mais également de mieux préparer leur insertion professionnelle lorsque les conditions permettront la reprise normale des études et des activités économiques.
« Ne restons pas les bras croisés »
Pour Mme Rolande Baruti, la jeunesse de l’Est de la RDC doit conserver l’espoir tout en refusant la passivité.
« Ne restons pas les bras croisés à attendre des jours meilleurs. Notre énergie et nos compétences doivent servir à bâtir dès aujourd’hui. L’entrepreneuriat n’est pas seulement une alternative économique ; dans le contexte que nous traversons, il peut devenir un acte de résistance civique, de dignité et de protection de notre jeunesse. »
La coordinatrice de SOS PREMA RDC appelle particulièrement les jeunes à commencer avec les moyens disponibles, même lorsque ceux-ci sont modestes.
L’enjeu, souligne-t-elle, n’est pas nécessairement de créer immédiatement de grandes entreprises, mais d’apprendre à identifier un besoin dans sa communauté, proposer une solution, développer une compétence et progressivement construire une activité économiquement viable.
Une attention particulière aux jeunes femmes
À travers l’Éveil entrepreneurial féminin, SOS PREMA RDC entend également renforcer l’accompagnement des jeunes femmes qui souhaitent entreprendre.
Dans un environnement où les femmes et les jeunes filles font face à de nombreuses difficultés d’accès aux ressources économiques, au financement, à la formation et aux réseaux professionnels, l’initiative veut contribuer à créer davantage d’espaces d’apprentissage, de partage d’expériences et de mise en relation.
L’organisation prévoit notamment de poursuivre ses actions d’orientation, de sensibilisation, de formation et de mise en réseau des jeunes entrepreneures, tout en encourageant la participation des garçons aux initiatives contribuant au développement économique et à la cohésion sociale.
L’organisation lance également un appel aux acteurs de la société civile, organisations de jeunesse, incubateurs, entrepreneurs expérimentés, institutions de formation, médias, leaders communautaires et partenaires au développement.
SOS PREMA RDC les invite à multiplier les espaces d’apprentissage et d’encadrement permettant aux jeunes d’acquérir des compétences pratiques durant cette période.
Des formations courtes, des programmes de mentorat, des ateliers d’éducation financière, des concours d’innovation, des incubateurs communautaires ou encore des mécanismes facilitant l’accès à de petits financements pourraient, selon l’organisation, contribuer à maintenir une dynamique positive au sein de la jeunesse.
Entreprendre aussi pour préserver la paix
Au-delà de sa dimension économique, SOS PREMA RDC considère l’entrepreneuriat des jeunes comme un instrument potentiel de cohésion sociale.
Un jeune qui développe des compétences, participe à une activité économique et se projette dans l’avenir dispose de davantage de raisons de protéger son environnement, de collaborer avec sa communauté et de participer à la reconstruction de celle-ci.
Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où la jeunesse constitue une part importante de la population, investir dans son potentiel représente donc également un investissement dans la stabilité et la paix.
Le message porté par SOS PREMA RDC se veut ainsi à la fois économique, social et citoyen : malgré la crise, la jeunesse doit continuer à apprendre, créer et préparer son avenir. « Gardons espoir, restons actifs et bâtissons l’avenir par le travail. »