Par Serge Mavungu
Après plus de 18 mois passés sous la protection de la MONUSCO à Goma, loin de leurs familles et privés de liberté de mouvement pour des raisons sécuritaires, 16 civils ont enfin retrouvé une vie plus libre. Ils ont été évacués, jeudi 26 août 2026, de Goma vers Beni à bord d’un hélicoptère de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo.
Parmi eux figurent quatre enfants, mais également des députés et acteurs politiques, des agents de l’administration publique, des défenseurs des droits humains et membres de la société civile ainsi que des professionnels des médias. Tous avaient trouvé refuge dans les installations de la MONUSCO après la prise de Goma par la rébellion du M23-AFC, soutenue par le Rwanda.
À leur arrivée à Beni, ces civils ont été accueillis au pied de l’avion par David Kamuha, directeur de cabinet du gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général-major Kakule Somo Evariste, actuellement en mission de service.
Pour ces personnes, l’évacuation ne représente pas seulement un déplacement géographique. Elle marque surtout la fin d’une longue période vécue dans un environnement sécurisé mais fortement contraint, avec l’impossibilité de rejoindre librement leurs proches et de mener une vie normale.
« La vie n’a pas été du tout facile. Nous avons vécu plus de 18 mois dans les installations de la MONUSCO à Goma, loin de nos proches, sans aucune visite préalable, surtout pour des raisons sécuritaires », témoigne l’un des civils évacués, dont l’identité n’a pas été révélée pour des raisons de sécurité.
Derrière ces mots se dessine le paradoxe de leur séjour : être protégés, mais ne pas être libres ; être à l’abri des menaces, mais vivre éloignés de leurs familles.
Le même témoin reconnaît toutefois que la MONUSCO leur a assuré l’essentiel durant cette période difficile.
« Il est vrai que la MONUSCO nous garantissait l’alimentation, les soins sanitaires, la sécurité physique… les besoins primaires quoi », explique-t-il.
Mais cette protection avait un coût humain. L’éloignement prolongé des proches et les restrictions liées à leur sécurité ont progressivement affecté leur bien-être psychologique.
« Mais loin de nos familles et sans liberté de mouvement, notre état psychologique et mental se détériorait de plus en plus », poursuit-il.
Malgré les difficultés, le civil tient à rendre hommage à la Mission onusienne pour l’accompagnement dont ils ont bénéficié pendant cette longue période.
« Malgré tout, la MONUSCO nous a bien supportés et nous sommes contents de nous retrouver libres à Beni, une zone contrôlée par l’armée congolaise. Nous remercions sincèrement la MONUSCO pour tout et que vive son partenariat avec le gouvernement congolais », déclare-t-il.
Cette reconnaissance donne une dimension particulière à leur départ. Après avoir vécu sous protection pendant plus d’un an et demi, ces civils retrouvent désormais un espace où ils peuvent à nouveau circuler et se rapprocher de leurs familles, tout en restant dans une zone contrôlée par les forces armées de la République démocratique du Congo.
Leur parcours rappelle aussi les risques pris par plusieurs acteurs civils dans le contexte de la crise sécuritaire dans l’Est du pays. Selon les informations recueillies, ces personnes avaient été menacées en raison de leur engagement et de leur position en faveur de la défense de la souveraineté nationale et de leur soutien aux Forces armées de la République démocratique du Congo.
Un dix-septième civil, Jean-Bosco Sebishimbo, député provincial du Nord-Kivu élu dans la circonscription électorale de Masisi et ancien ministre provincial de l’Intérieur sous le gouverneur Carly Nzanzu Kasivita, n’a cependant pas fait partie du groupe évacué jeudi.
Les raisons de cette absence ne sont pas encore connues. D’après les éléments disponibles, il avait été séparé du groupe des autres civils pris en charge par la MONUSCO.
L’évacuation de ces 16 personnes intervient ainsi comme une nouvelle étape dans leur long parcours marqué par la menace, la protection internationale, l’éloignement familial et, finalement, le retour progressif à une vie plus libre.
De Goma à Beni, leur histoire raconte surtout une réalité rarement visible derrière les dispositifs de protection : parfois, sauver une vie signifie d’abord la mettre à l’abri ; mais lorsque le danger persiste pendant des mois, retrouver la liberté devient à son tour une nécessité.