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Ituri : coincés sur le site de Plaine Savo, 76 000 déplacés privés d'accès aux champs et aux marchés face à une crise humanitaire qui s'aggrave (MSF)

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Le site de déplacés de Plaine Savo, près de Fataki, en Ituri [photo d’illustration]
Le site de déplacés de Plaine Savo, près de Fataki, en Ituri [photo d’illustration]

Par Gloire Balolage

En Ituri, la situation humanitaire reste particulièrement préoccupante sur le site de personnes déplacées de Plaine Savo, près de Fataki. Quelque 76 000 personnes y vivent actuellement, alors que les violences qui se poursuivent aux alentours les empêchent largement de quitter le site pour rejoindre leurs champs, les marchés ou les points d'eau. Cette situation les prive de leurs moyens de subsistance et les contraint à vivre dans des conditions décrites comme alarmantes et insalubres.

Dans un communiqué de presse publié le 8 septembre 2026, Médecins sans frontières (MSF) alerte sur la dégradation des conditions de vie dans ce site et appelle à un renforcement urgent de la réponse humanitaire. L'organisation humanitaire souligne notamment les difficultés d'accès à la nourriture, à l'eau potable, aux soins et à la protection, dans un contexte également marqué par l'épidémie d'Ebola qui sévit en Ituri.

Parmi les personnes déplacées figure Antoinette, 60 ans, qui vit depuis huit mois dans un abri de fortune de quelques mètres carrés. Elle avait fui le village voisin de Bule en décembre dernier, après de violents affrontements entre le groupe armé Convention pour la révolution populaire (CRP) et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Ces combats avaient provoqué le déplacement de la population locale. Pour Antoinette, il s'agit déjà de la deuxième fois qu'elle est contrainte de fuir au cours de ces dernières années.

À son arrivée à Plaine Savo, les conditions d'accueil étaient particulièrement difficiles. Les nouveaux déplacés ont passé environ deux semaines sans abri ni bâche en plastique, exposés à la pluie, avant de construire eux-mêmes de petites huttes avec du bois, du plastique et de la paille. Depuis, le site s'est fortement peuplé et reste encerclé par des hommes armés. Même si les restrictions semblent s'être quelque peu assouplies récemment, la peur continue de dissuader une grande partie des habitants de sortir. Depuis décembre, seules deux distributions alimentaires ont par ailleurs été organisées, alors que les réserves de nombreuses familles sont épuisées.

Face à cette situation, MSF a installé en février un poste de santé pour assurer des soins essentiels à la population. L'organisation indique que la structure prend aujourd'hui en charge les soins de santé générale, pédiatrique, maternelle et mentale, mais aussi les victimes de violences sexuelles et les personnes souffrant de malnutrition aiguë. Selon les données du poste de santé, une moyenne de 60 survivants de violences sexuelles y sont pris en charge chaque mois depuis six mois, tandis que sept personnes blessées par balle ou par arme blanche y sont reçues chaque semaine. Neuf cas de malnutrition sont également admis en moyenne chaque semaine.

L'accès aux soins spécialisés demeure cependant un enjeu majeur. Pour les patients nécessitant une intervention chirurgicale, notamment les blessés par balle et les femmes enceintes, MSF a obtenu l'autorisation de transférer les malades par ambulance vers l'Hôpital général de référence de Fataki, situé à environ 15 kilomètres par la route et également soutenu par l'organisation. Cette possibilité d'évacuation a, selon MSF, contribué à améliorer la prise en charge des urgences obstétricales, alors que des décès maternels étaient auparavant enregistrés faute de possibilité de transfert vers l'hôpital.

L'organisation estime néanmoins que les infrastructures disponibles restent largement insuffisantes au regard du nombre de personnes présentes sur le site. Elle réclame ainsi davantage de latrines, un meilleur accès quotidien à l'eau potable, des distributions plus régulières de nourriture et d'articles non alimentaires, ainsi que des actions de protection en faveur des personnes les plus vulnérables. Pour MSF, la situation nécessite désormais un renforcement urgent de la présence humanitaire et des capacités d'intervention à Plaine Savo.

La situation sanitaire est également aggravée par l'épidémie d'Ebola déclarée par les autorités nationales en mai. MSF indique que 36 cas confirmés ont été transférés et admis ces derniers mois dans l'unité de traitement Ebola de 24 lits récemment installée à l'Hôpital de Fataki, dont la capacité doit prochainement passer à 32 lits. Trois cas confirmés ont par ailleurs été détectés à Plaine Savo. Ils ont pu être référés rapidement, diagnostiqués et pris en charge à Fataki grâce à la mobilisation communautaire et à l'appui de MSF. Dans un site où les abris sont très rapprochés et fortement occupés, la crainte d'une propagation rapide du virus demeure toutefois importante.

Pour limiter ce risque, MSF affirme avoir renforcé ses interventions dans les domaines de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène depuis février. Au total, 311 latrines ont été construites et l'approvisionnement en eau par camion-citerne a été progressivement augmenté, dans l'attente de l'achèvement de neuf nouveaux forages.

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Mercredi 9 septembre 2026 - 11:37