Par Gloire Balolage
Le phénomène « Mpuku amemi congélateur », présenté comme un mélange de médicaments consommé par certains jeunes à des fins d'intoxication, suscite des inquiétudes sur ses possibles conséquences sanitaires et sociales. Le Dr Hervé Mutinzumu appelle les autorités compétentes à se saisir de la question et à diligenter une enquête afin de déterminer avec précision la composition de cette substance et les risques auxquels elle pourrait exposer ses consommateurs.
Dans une interview accordée à nos confrères de 7SUR7.CD, le Dr Hervé Mutinzumu a tiré la sonnette d'alarme sur les dangers potentiels liés à ce phénomène. Selon les informations qu'il dit avoir recueillies notamment à travers les réseaux sociaux et différents témoignages de consommateurs, le mélange présenté sous cette appellation contiendrait notamment de la cyproheptadine, de la prométhazine, du tramadol et du diazépam. Des médicaments qui, pris de manière inappropriée ou associés, sont susceptibles d'agir sur le système nerveux central.
Celui-ci insiste toutefois sur une précaution importante : aucune étude scientifique ne permet, à ce stade, de confirmer avec exactitude la composition de ce mélange. Il estime donc nécessaire de mettre en place une commission ou des équipes spécialisées capables d'identifier les différents produits qui le composent et d'évaluer scientifiquement leurs effets sur l'organisme. Cette démarche permettrait, selon lui, de disposer de données fiables plutôt que de s'appuyer uniquement sur les contenus circulant sur les réseaux sociaux ou sur les témoignages des consommateurs.
L'inquiétude du Dr Mutinzumu porte notamment sur les effets que pourraient provoquer les substances évoquées. Il cite entre autres la perte de vigilance et d'attention ainsi qu'une sensation de somnolence. Pour lui, ces manifestations peuvent avoir des répercussions qui dépassent le seul cadre médical, notamment sur le comportement et la vie quotidienne des jeunes. Il évoque ainsi le risque de voir certains consommateurs abandonner leurs projets, leurs études ou être exposés à différentes situations de violence.
La question de la dépendance constitue également l'une des préoccupations soulevées par le médecin. La présence supposée de tramadol dans le mélange retient particulièrement son attention, cet opioïde pouvant exposer à une dépendance lorsqu'il est consommé de manière répétée ou en quantité excessive. Le Dr Mutinzumu évoque par ailleurs des cas de convulsions visibles dans certaines vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et estime que des intoxications sévères pourraient, dans certaines circonstances, aller jusqu'à entraîner la mort.
Au-delà de l'aspect médical, le médecin s'inquiète surtout de l'impact que pourrait avoir la banalisation de cette pratique sur la jeunesse congolaise. Il dénonce notamment le contraste entre la circulation de contenus présentant cette « néodrogue » sur les réseaux sociaux et ce qu'il considère comme un silence du côté des autorités sanitaires. C'est précisément cette situation qui, selon lui, l'a poussé à lancer publiquement l'alerte et à appeler à une réaction des autorités compétentes.
Pour le Dr Hervé Mutinzumu, la réponse à ce phénomène doit donc combiner identification scientifique de la substance, évaluation de ses conséquences et sensibilisation des jeunes. Il considère que la protection de la jeunesse constitue un enjeu qui dépasse la seule question de santé publique et touche directement à l'avenir de la République démocratique du Congo. « Si on veut détruire une nation, c'est détruire sa jeunesse d'abord », a-t-il notamment déclaré, appelant à protéger les jeunes contre les drogues et les usages abusifs de médicaments.
Face à la diffusion de contenus faisant la promotion de « Mpuku amemi congélateur », il plaide ainsi pour une intervention rapide afin d'éviter que cette pratique ne se banalise davantage.