Par Denise Kyalwahi
La multiplication des cas de suicide signalés au Nord-Kivu, notamment dans les villes de Beni et Butembo, suscite des inquiétudes et relance le débat sur les mécanismes de prévention et d’accompagnement des personnes en situation de détresse.
Pour Laurent Mahamba, défenseur des droits humains, activiste pro-climat et volontaire de Shujaa Initiative, ce phénomène doit être considéré comme une question sociale et humaine nécessitant une réponse collective.
« Prévenir le suicide, c’est aussi apprendre à écouter, à accompagner et à redonner de l’espoir », estime-t-il, appelant les autorités et les acteurs communautaires à accorder davantage d’attention aux personnes confrontées à des périodes de frustration, de détresse ou de désespoir.
Selon cet activiste, certaines personnes laissent derrière elles des messages ou des écrits dans lesquels elles évoquent les difficultés auxquelles elles étaient confrontées. D’autres ne donnent aucune explication, laissant leurs familles dans l’incompréhension, la culpabilité et les interrogations.
Dans une région marquée depuis plusieurs années par les conflits armés, les déplacements de populations et les traumatismes, Laurent Mahamba estime qu’une réflexion approfondie est nécessaire pour mieux comprendre les facteurs pouvant conduire certaines personnes au désespoir. Il cite notamment le chômage, la pauvreté et diverses difficultés sociales, sans toutefois les considérer comme des causes uniques ou automatiques du suicide.
À l’occasion de la Journée internationale de la prévention du suicide, il appelle les pouvoirs publics à renforcer les espaces d’écoute, de dialogue et d’orientation au sein des communautés.
« Toute personne traversant une période de frustration, de détresse ou de désespoir doit pouvoir trouver quelqu’un à qui parler », plaide-t-il.
Laurent Mahamba interpelle également les responsables religieux. Il les encourage à multiplier les messages d’espoir, de solidarité et de valorisation de la vie, estimant que les communautés ont besoin d’espaces où les personnes en difficulté peuvent être entendues et soutenues.
Pour lui, la prévention ne relève donc pas uniquement des professionnels de santé. Elle implique également les familles, les autorités, les responsables religieux, les organisations de la société civile et l’ensemble de la communauté.
Dans un contexte social fragilisé par les crises, cette approche vise à replacer l’écoute et l’accompagnement au cœur de la prévention.
« La vie humaine mérite notre attention avant qu’il ne soit trop tard », conclut Laurent Mahamba.