Par Serge Mavungu
La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) appelle les organisateurs et les participants à la manifestation annoncée pour le 15 septembre 2026 à Kinshasa à privilégier une mobilisation pacifique et responsable, tout en demandant aux pouvoirs publics de garantir l’exercice du droit de manifester dans le respect de la loi.
Dans un communiqué publié le 12 septembre, la CNDH indique suivre avec une attention particulière la situation entourant cette manifestation annoncée par plusieurs partis politiques, dont A.Ch, ECiDé, Ensemble, LGD et ENVOL, ainsi que les appels à la mobilisation relayés dans l’espace public et sur les réseaux sociaux.
L’institution rappelle que la liberté de manifestation est un droit fondamental garanti par la Constitution de la République démocratique du Congo. Elle souligne toutefois que son exercice doit demeurer pacifique, sans armes et dans le respect de la loi, de l’ordre public ainsi que des droits et libertés d’autrui.
La CNDH se dit particulièrement préoccupée par des informations faisant état d’appels ou d’incitations à participer à la manifestation avec des armes blanches, notamment des machettes.
Sans préjuger de l’authenticité de ces informations, elle estime que de tels appels, s’ils étaient avérés, seraient incompatibles avec le caractère pacifique de la manifestation et constitueraient une menace pour la sécurité des manifestants, des forces de sécurité et des biens publics et privés.
La CNDH appelle ainsi les organisateurs, les responsables politiques et les manifestants à s’abstenir de tout appel à la violence, à la haine ou à l’affrontement. Elle leur demande également de ne porter ni arme à feu, ni arme blanche, ni aucun objet susceptible d’être utilisé comme une arme.
L’institution insiste en outre sur la responsabilité des leaders et organisateurs politiques dans l’encadrement de leurs militants et sympathisants. Elle les exhorte à prévenir toute infiltration de la manifestation par des individus animés d’intentions violentes.
Du côté des pouvoirs publics, la CNDH rappelle que la protection de l’ordre public et la sécurisation des personnes et des biens relèvent de leur responsabilité première.
Elle invite notamment le ministère de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, le gouverneur de Kinshasa ainsi que la Police nationale congolaise à prendre, en amont de la manifestation, les mesures préventives nécessaires.
Il s’agit notamment de sécuriser les itinéraires et les lieux concernés, de prévenir l’introduction d’armes ou d’objets dangereux, de protéger les manifestants et les non-participants contre d’éventuels incidents et de prévenir les actes de provocation, d’infiltration ou de violence.
La CNDH recommande également que les agents chargés de l’encadrement de la manifestation reçoivent des instructions claires sur le respect des droits humains et les principes de nécessité et de proportionnalité dans l’usage de la force.
Pour l’institution, le maintien de l’ordre doit avant tout privilégier une approche préventive et proportionnée. La sécurisation d’une manifestation ne devrait pas être envisagée uniquement sous l’angle d’une éventuelle dispersion, mais aussi comme un moyen de permettre l’exercice effectif et pacifique d’un droit constitutionnel.
La CNDH demande par ailleurs aux autorités de rester particulièrement vigilantes pendant et après la manifestation afin d’éviter que d’éventuels incidents isolés ne dégénèrent en violences généralisées, en actes de vengeance, en arrestations arbitraires ou en atteintes disproportionnées aux droits fondamentaux.
Elle rappelle que les éventuels auteurs d’infractions doivent répondre individuellement de leurs actes, dans le strict respect de la loi et des garanties d’un procès équitable. De même, tout agent public qui commettrait des abus dans l’exercice de ses fonctions doit en répondre conformément à la loi.
La CNDH invite ainsi toutes les parties prenantes à faire preuve de retenue, de responsabilité et de patriotisme afin que la journée du 15 septembre soit consacrée à l’expression démocratique plutôt qu’à la confrontation.
Elle appelle également la population à ne céder ni aux provocations, ni aux rumeurs, ni aux appels à la violence, tout en encourageant les responsables politiques de toutes tendances à privilégier le dialogue, la tolérance et les voies démocratiques de règlement des différends.
La Commission nationale des droits de l’homme assure enfin qu’elle continuera à suivre de près la situation, conformément à son mandat de promotion et de protection des droits de l’homme. Elle annonce qu’elle prendra les dispositions nécessaires pour documenter d’éventuelles violations des droits humains avant, pendant ou après la manifestation.
La CNDH souhaite ainsi que le 15 septembre 2026 soit une journée d’expression démocratique, pacifique et responsable, plutôt qu’une journée d’affrontement.