Par Gloire Balolage
Les femmes sont désormais les plus touchées par la dix-septième épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo, selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA). Cette évolution du profil des personnes contaminées s'accompagne d'une situation particulièrement préoccupante pour les femmes enceintes, avec des décès maternels, des fausses couches, des décès fœtaux in utero et des naissances prématurées enregistrés depuis le début de l'épidémie.
Sur les 134 femmes enceintes admises dans dix centres de traitement Ebola depuis le début de l'épidémie, 84 sont décédées, d'après les données présentées par l'UNFPA. Parmi ces cas figurent également 38 fausses couches, 15 décès fœtaux in utero et 22 naissances prématurées. Ces chiffres illustrent, selon l'organisation, les conséquences particulièrement lourdes de la maladie sur la santé maternelle et néonatale dans les zones affectées.
Interrogée par nos confrères de RFI ce lundi, Noémie Delmonte, représentante adjointe de l'UNFPA en RDC, explique que cette évolution s'explique notamment par le rôle joué par les femmes dans la prise en charge des personnes malades. Elle souligne qu'elles sont souvent les premières à apporter des soins aux malades au sein des familles et des communautés, mais également dans les formations sanitaires, ce qui les expose davantage aux gestes susceptibles d'entraîner une contamination.
Cette situation intervient alors que l'épidémie, apparue dans la zone minière de Mongwalu, en Ituri, a progressivement changé de visage. Alors que les hommes représentaient initialement la majorité des cas, la tendance s'est inversée, les femmes étant désormais davantage touchées.
L'impact de l'épidémie ne se limite toutefois pas aux personnes directement contaminées. En Ituri, le fonctionnement des services de santé maternelle est également affecté. Entre mai et juillet, les données recueillies dans les formations sanitaires montrent une diminution de 30 % des consultations prénatales. Les accouchements assistés ont, pour leur part, enregistré une baisse de 32 %, tandis que la prise en charge des complications liées aux grossesses a diminué d'environ 45 % par rapport à la même période de l'année précédente.
Pour l'UNFPA, cette baisse de fréquentation des services de santé serait notamment liée à la peur ressentie par les femmes face aux structures sanitaires dans le contexte de l'épidémie. Noémie Delmonte estime qu'il devient nécessaire de revoir l'offre de services afin de restaurer la confiance des communautés et de les encourager à retourner dans les formations sanitaires. Cette situation est d'autant plus préoccupante que le suivi prénatal permet de détecter des signes de danger susceptibles de conduire à des complications durant la grossesse.
Alors que le gouvernement congolais estime que l'épidémie est désormais sous contrôle, les données de l'UNFPA mettent ainsi en évidence un autre visage de la crise sanitaire. La progression des contaminations chez les femmes, la situation des femmes enceintes admises dans les centres de traitement et la baisse de l'utilisation des services de santé maternelle constituent autant d'éléments qui préoccupent l'organisation. Pour l'UNFPA, la restauration de la confiance envers les services de santé apparaît dès lors essentielle pour limiter les conséquences de l'épidémie sur la mortalité maternelle.