Par Patrick Kitoko
Près de huit mois après leur interpellation à Kinshasa, Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku, deux figures de l’opposition proches de l’ancien président Joseph Kabila, demeurent détenus dans des conditions entourées d’un profond mystère.
Selon leurs avocats, aucune procédure judiciaire n’a été officiellement engagée contre eux et, depuis deux mois, tout contact avec leurs proches ou leur défense leur est refusé.
Invité lundi dans un Space sur X animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Me Jean Mbuyu, président du collectif des avocats des deux responsables du PPRD et ancien conseiller spécial en matière de sécurité de l’ex-chef de l’État, a livré un témoignage alarmant sur leur situation. Contrairement à certaines informations relayées ces derniers mois, l’avocat affirme que ses clients ne sont détenus ni à la prison militaire de Ndolo ni à la prison centrale de Makala. Il soutient qu’ils sont retenus dans des lieux tenus secrets, où seules leurs épouses étaient, jusqu’à récemment, autorisées à leur rendre visite, à raison d’une fois par semaine.
« Depuis deux mois, même leurs femmes ne sont plus autorisées à les voir. Nous, leurs avocats, n’avons plus aucun accès à eux. Cela fait sept mois que nous ne les avons pas vus et nous ignorons totalement leur état ainsi que les conditions de leur détention », a déclaré Me Jean Mbuyu.
Le collectif des avocats affirme également avoir entrepris des démarches auprès du ministre de la Justice afin d’obtenir des informations sur la situation de leurs clients. Selon Me Mbuyu, la réponse du ministre a été sans équivoque : les deux détenus ne relèvent pas de son autorité. L’avocat explique par ailleurs qu’aucune juridiction, qu’il s’agisse de la justice militaire ou des juridictions civiles, n’a officiellement été saisie de leur dossier.
Une situation qu’il qualifie d’impasse juridique, dénonçant l’absence d’interlocuteur institutionnel capable de fournir des explications sur leur sort.
Me Jean Mbuyu compare cette affaire à celle du pasteur Ngoy Mulunda, ancien président de la CENI - Commission électorale nationale indépendante -, arrêté après son retour forcé de Zambie et détenu pendant une longue période sans jugement.
Les inquiétudes concernant les détentions jugées arbitraires d’opposants politiques en République démocratique du Congo avaient déjà été soulevées par plusieurs organisations internationales. En avril dernier, le BCNUDH - Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme - révélait dans un rapport que 42 membres de partis politiques, dont plusieurs opposants, étaient maintenus en détention depuis janvier. Le document faisait état d’arrestations menées par les services de renseignement et la justice militaire, visant notamment des membres du PPRD et du parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi.
Selon ce rapport, certains détenus étaient incarcérés à la prison militaire de Ndolo, tandis que d’autres auraient été transférés dans des centres de détention clandestins attribués au CNC - Conseil national de cyberdéfense -, une structure rattachée à la présidence de la République.
L’affaire d’Emmanuel Ramazani Shadary et d’Aubin Minaku continue ainsi de susciter des interrogations sur le respect des droits de la défense et des garanties judiciaires dans un contexte marqué par de vives tensions politiques.