Par Serge Mavungu
À l'occasion de la Journée du génocide congolais, célébrée ce dimanche 2 août 2026, la secrétaire permanente provinciale du Corps des assistants sociaux (CASo), Clarisse Phola Tedika, appelle les autorités nationales et provinciales à reconnaître officiellement les assistants sociaux comme des acteurs clés du processus de justice transitionnelle. Elle plaide également pour leur intégration dans toutes les structures nationales chargées de la mémoire, des réparations et de la réconciliation.
Instituée par la loi de décembre 2022, cette journée dédiée au Genocost [contraction de « génocide congolais pour des gains économiques »] rappelle la mémoire des millions de Congolais victimes des conflits armés, du pillage des ressources naturelles et de l'exploitation économique du pays depuis plusieurs décennies.
Dans sa déclaration, Clarisse Phola Tedika a rendu hommage aux victimes congolaises des violences liées aux guerres et conflits armés. Elle a exprimé la solidarité des assistants sociaux envers les familles endeuillées, les enfants devenus orphelins, les femmes victimes de violences sexuelles ainsi que les communautés déracinées.
Selon elle, cette commémoration rappelle l'ampleur des souffrances subies par le peuple congolais, mais traduit également la volonté de la RDC de guérir ses blessures, de se relever et de bâtir une société plus juste.
Une profession au cœur de l'accompagnement des victimes
Pour la secrétaire permanente provinciale du CASo, les assistants sociaux occupent une place essentielle dans le processus de justice transitionnelle. Sur le terrain, ils accompagnent les victimes, facilitent la réintégration des survivants, soutiennent les témoignages et contribuent à la reconstruction du tissu social fragilisé par les conflits.
Dans les provinces touchées par les violences, les travailleurs sociaux interviennent notamment dans l'identification des enfants séparés de leurs familles, la prise en charge psychosociale des survivants de violences basées sur le genre, l'accompagnement des personnes déplacées internes et la recherche de solutions durables pour la réunification familiale.
« Face aux traumatismes profonds de notre histoire, notre profession est en première ligne pour restaurer la confiance des victimes, redonner l'espoir et garantir une prise en charge humaine, digne et confidentielle », a-t-elle déclaré.
Un rôle dans la mémoire, la réparation et la reconstruction
Au-delà de l'accompagnement social, Clarisse Phola Tedika estime que les assistants sociaux ont également une responsabilité dans la documentation des violations subies par les populations affectées. Les informations recueillies sur le terrain peuvent contribuer à orienter les politiques publiques et à renforcer le plaidoyer pour la reconnaissance des crimes commis en RDC.
Elle souligne aussi la nécessité d'une coordination entre les différents acteurs impliqués dans la réponse aux conséquences des conflits, notamment dans les domaines de la santé mentale, de l'éducation, de l'hébergement et de la réinsertion socio-économique.
Dans cette dynamique, les travailleurs sociaux constituent un lien essentiel entre les victimes, les services publics, les organisations humanitaires et les mécanismes de réparation, notamment le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles et violences liées aux conflits (FONAREV).
Vers une meilleure reconnaissance de la profession
La secrétaire permanente provinciale du CASo appelle par ailleurs au renforcement de la formation des assistants sociaux dans les domaines du soutien psychosocial, de la documentation des violations des droits humains et de la médiation communautaire.
Elle plaide également pour une meilleure reconnaissance institutionnelle de cette profession, estimant que la réponse aux conséquences du Genocost et aux crises humanitaires ne peut être efficace sans des travailleurs sociaux formés, encadrés et soutenus par un statut professionnel clair.
La création annoncée de l'Ordre national des travailleurs sociaux (ONTS) et le renforcement des normes éthiques inspirées des standards internationaux constituent, selon elle, des avancées importantes pour donner à cette profession les moyens d'agir efficacement.
En cette journée de recueillement national, le Corps des assistants sociaux de la Ville de Kinshasa réaffirme son engagement à demeurer un acteur majeur de protection, de réparation et d'espérance auprès des populations affectées par les violences et les conflits.