Par Gabin K.
Vendredi 7 janvier 2021, l'Observatoire de la dépense publique (ODEP) a, en marge d'une conférence de presse, procédé à la publication de son rapport sur l'exécution de la Loi des finances en 2021. Ce rapport couvre la période s'étendant entre janvier et septembre de l'année dernière et fait noter d'emblée que "l'exécution de la Loi des finances 2021 a été marquée par l'aggravation des pratiques de corruption".
L'ODEP, sans passer par le dos de la cuillère, pointe du doigt le Parlement "transformé en temple de la corruption" ainsi que l'Inspection générale des finances (IGF) qui "s'est illustrée par la banalisation des cas de violation de la Loi relative aux finances publiques". Dans son rapport, cette organisation de la Société civile dénonce "l'incapacité du gouvernement à mettre en œuvre les politiques publiques, suite à son dédoublement par la présidence de la République où certains conseillers ont assuré les fonctions des ministres sans aucun fondement juridique".
Un autre fait ayant marqué l'exécution de la Loi des finances 2021 en RDC, c'est "la non application du plan national stratégique de développement (PNSD), adopté en Conseil des ministres en 2020". Selon l'ODEP, en lieu et place du PNSD, ce sont "des projets ad hoc conçus dans le seul but de détourner de l'argent public" qui ont été initiés. Pour l'ODEP, les "priorités abandonnées" du budget 2021 sont:
- A fin septembre 2021, plusieurs lignes budgétaires, dont l'impact demeure faible dans la vie de la population ont connu un paiement de 1.074,12 milliards FC (526 526 112 USD) contre les prévisions linéaires de 560 milliards FC, soit 191,7%. Il s'agit entre autres des indemnités kilométriques, frais secrets de recherche (474%); liste civile 102%; fonds spécial d'intervention (203,05%); frais d'installation ou d'équipements (513,0%) ;
- L'exécution de la Loi des finances reste marquée par l'affaiblissement des institutions à caractère social. Les dépenses de la santé, éducation, agriculture et infrastructures sont restées faiblement payées au cours de la période. 80% de décaissement concerne les rémunérations en lieu et place des investissements. Les institutions phare du pays sont trop gourmandes. La présidence de la République (211,6%), l'assemblée nationale (103%), le sénat (133%) et la Primature (131%) ont vu leurs dépenses exploser en 9 mois.
Par ailleurs, l'ODEP explique que "ces dépenses en dépassement sont justifiées par le recours à des mauvaises pratiques de gestion. La présidence de la République a augmenté le nombre de son personnel en charge de l'Etat de 455 en 2018 à 1018 en 2021; le bureau de l'Assemblée Nationale rémunère 2.756 membres de cabinet, hormis les 500 députés ; le bureau du Sénat rémunère 881 membres de cabinet, hormis les 109 sénateurs ; la Primature paie 606 personnels politiques affectés dans le cabinet du Premier Ministre".
Conséquence: "l’Etat n’a dépensé que 59 milliards FC (29,6 millions $) contre les prévisions linéaires de 256 milliards FC (128,0 millions $), soit 23,14% pour le compte des investissements publics". Ce montant, avance l'ODEP, représente environ 10% de la consommation de fonds utilisés par la présidence de la République (253 millions $) et du fonctionnement des institutions (150,9 millions $).