Par Serge Mavungu
Après quelques mois d’irrégularités, de grogne sociale et de spéculations, le Comité de suivi de la paie (CSP) sort du silence. Dans un communiqué daté de ce jeudi 30 avril 2026, il annonce la clôture de la paie d’avril 2026 et, surtout, le retour au calendrier normal de paiement des agents et fonctionnaires de l’État.
Sur le papier, l’annonce est forte. « Aucun arriéré vis-à-vis des opérateurs de paie », « rigueur », « parole respectée » : le Gouvernement veut tourner la page des retards chroniques qui ont plombé le moral de l’administration publique depuis le début de l’année.
Il faut dire que le contexte ne plaidait pas en sa faveur. Entre un front sécuritaire tendu à l’Est, la mécanisation de nouvelles unités, et le casse-tête de l’harmonisation entre budget et politique monétaire, l’Exécutif jouait sur un terrain miné. Les syndicats, eux, ne cachaient plus leur exaspération. Pour des milliers de fonctionnaires, toucher son salaire à date fixe était devenu l’exception, pas la règle.
En affirmant avoir mis « toutes les enveloppes » à disposition des banques et en rappelant que le salaire « n’est ni une faveur ni un privilège », le CSP tente de reprendre la main sur le narratif. Le message est double : rassurer les agents, mais aussi couper l’herbe sous le pied aux « informations non vérifiées » qui enflamment les réseaux sociaux à chaque fin de mois.
Reste le vrai test : le terrain. L’injonction faite aux banques et autres opérateurs de « faire preuve de diligence » trahit une réalité connue de tous. Débloquer l’argent à la Banque centrale ne garantit pas qu’il arrive le jour même dans la poche du policier de Goma ou de l’infirmier de Mbandaka. Les lenteurs bancaires, les réseaux de paie en provinces et les frais illégaux sont les vrais goulots d’étranglement.
Le retour au calendrier normal n’est donc pas une victoire, mais une condition de base. La crédibilité du Gouvernement se jouera maintenant sur sa capacité à maintenir le cap en mai, juin, et au-delà. Car un mois respecté après trois mois de retard, c’est un répit. Six mois de régularité, ce sera une politique.