Coordonnateur du PPRD / Europe
S.E.F. – PPRD / France
Quand le désaccord devient suspicion et que la critique est confondue avec la trahison. La politique congolaise donne parfois le sentiment de s’enfermer dans une lecture dangereusement binaire : d’un côté, les « patriotes » ; de l’autre, les « traîtres » ; d’un côté, ceux qui approuvent ; de l’autre, ceux qui critiquent.Cette manière de regarder la République mérite d’être interrogée.
Depuis quand aimer le Congo signifie-t-il être obligé d’approuver ceux qui le gouvernent ?
Critiquer une décision publique ne signifie pas combattre la République. Questionner une politique ne signifie pas soutenir l’adversaire. Exprimer un désaccord ne constitue pas, en soi, un acte de trahison.La République est plus grande que le pouvoir qui l’exerce à un moment donné. Elle appartient au peuple, aux institutions et aux générations présentes comme futures. La contradiction n’est pas l’ennemie de la République.La RDC traverse une période où les questions sécuritaires, économiques, sociales et institutionnelles sont profondément liées. Les expliquer par une cause unique ou par la seule responsabilité d’un adversaire risque de simplifier à l’excès une réalité beaucoup plus complexe.
Il existe des menaces extérieures. Le Congo connaît, depuis des décennies, des conflits, des ingérences et des crises qui ont profondément fragilisé l’État.Mais reconnaître ces réalités ne dispense pas les autorités publiques de répondre aux interrogations portant sur leurs propres décisions, leurs résultats et leur gouvernance. Gouverner, c’est assumer.
Gouverner, c’est rendre compte.
Gouverner, c’est aussi accepter la contradiction.
Un pouvoir qui estime ses décisions justifiées doit pouvoir les expliquer. Une accusation doit pouvoir être confrontée aux faits. Une difficulté doit pouvoir donner lieu à une réponse publique. Et lorsqu’une politique produit des résultats insuffisants, la capacité à la corriger devrait être considérée comme une responsabilité, et non comme un aveu de faiblesse. Le patriotisme ne se mesure pas à l’applaudissement.
Le patriotisme ne peut pas être réduit à l’adhésion permanente aux décisions du pouvoir. Dans une République, dire « oui » lorsque l’on est convaincu peut être un acte de responsabilité ; dire « non » lorsque l’on estime qu’une décision porte atteinte à l’intérêt général peut l’être également.Ce qui compte, ce sont les arguments, les faits, la responsabilité et l’attachement à l’intérêt national. La RDC n’a donc pas besoin d’une politique dans laquelle chaque désaccord devient automatiquement un procès en patriotisme. Elle a besoin d’un espace public où les positions peuvent se confronter sans que chaque divergence soit transformée en accusation.
Sortir de la logique du « nous contre eux »
Le Congo est trop vaste, trop complexe et trop important pour être enfermé dans une opposition permanente entre deux camps.Nous contre eux. Patriotes contre traîtres.
Majorité contre ennemis.Pouvoir contre peuple. La vie démocratique ne devrait pas fonctionner sur ces simplifications. La contradiction peut déranger. Elle peut même être inconfortable. Mais elle permet aussi de mettre les décisions à l’épreuve, de révéler les insuffisances et d’obliger les responsables publics à expliquer leurs choix.
La question essentielle n’est donc pas de savoir qui applaudit le plus fort. Elle est de savoir qui peut apporter des réponses aux problèmes du pays, qui peut rendre compte de son action et quels résultats peuvent être vérifiés par les citoyens. La RDC n’a pas besoin d’un pouvoir parfait. Elle a besoin d’un pouvoir responsable, d’institutions solides, d’un débat public libre et d’une culture politique dans laquelle la critique n’est pas automatiquement assimilée à la trahison. Le Congo mérite mieux que le « nous contre eux ».
Il mérite le débat.
Il mérite la contradiction.
Il mérite la vérité.
Il mérite des résultats.
Et surtout, il mérite une gouvernance à la hauteur de ses aspirations.
Nharly AMISI KM
Coordonnateur du PPRD / Europe
S.E.F. – PPRD / France