Par Serge Mavungu
Le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) tire la sonnette d’alarme sur l’ampleur des violences sexuelles liées au conflit (VSLC) en République démocratique du Congo. Dans son rapport 2025, l’organisation met en évidence l’utilisation systématique du viol comme arme de guerre et la tragédie des enfants nés de ces violences.
Le bilan humain est dévastateur. En 2025, le BCNUDH a documenté 887 cas de violences sexuelles affectant 1 534 victimes, dont 854 femmes et 672 filles. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu concentrent près de 80 % des victimes, confirmant l’Est du pays comme épicentre de cette tragédie.
Les groupes armés sont responsables de 75 % des cas documentés, avec le Mouvement du 23 mars (M23) en tête (439 victimes), suivis de Wazalendo, CODECO, divers groupes Maï-Maï, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et les Forces démocratiques alliées (ADF). Le BCNUDH signale également que les forces étatiques (FARDC, PNC, ANR) sont impliquées dans 19 % des cas.
Le rapport met en lumière des formes extrêmes de violence, notamment l’esclavage sexuel, où des femmes et des filles sont maintenues en captivité prolongée, soumises à des viols répétés et à des grossesses forcées. Les enfants nés de ces viols font face à la stigmatisation, à l’absence d’état civil et à un risque permanent de recrutement par les groupes armés.
Si 70 % des victimes bénéficient de soins médicaux d’urgence, moins de 2 % reçoivent une prise en charge complète incluant accompagnement juridique, psychologique et social, laissant la majorité sans protection face aux traumatismes.
Le BCNUDH exhorte les autorités nationales à accélérer les poursuites judiciaires contre les auteurs de ces crimes et à garantir l’enregistrement systématique des enfants nés du viol. Les groupes armés sont sommés de cesser immédiatement les hostilités, de libérer toutes les femmes et filles en captivité et de mettre fin à l’esclavage sexuel. La communauté internationale est appelée à renforcer le soutien financier pour une prise en charge durable et complète des survivantes.
Ce rapport souligne l’urgence d’une action concertée pour briser le cycle de l’impunité et protéger les victimes de ces violences atroces, tout en garantissant un avenir digne aux enfants nés de ces crimes.