Par Prosper Buhuru
Quelques jours après la commémoration du Génocost, le débat sur la reconnaissance des victimes des violences commises en République démocratique du Congo reste d’actualité. Dans une déclaration rendue publique dans le cadre de cette journée de mémoire, Badilika Droits humains Asbl appelle à dépasser la seule dimension commémorative pour engager des actions concrètes en matière de reconnaissance, de justice et de mémoire.
Pour cette organisation de défense des droits humains, le Génocost ne doit pas être réduit à une journée inscrite au calendrier. Il constitue, selon elle, un cadre de mobilisation autour des crimes graves commis en RDC et de leurs conséquences qui continuent de se faire sentir, particulièrement dans l’Est du pays.
Badilika défend l’usage du terme Génocost pour désigner ce qu’elle considère comme un processus d’extermination de populations congolaises lié au contrôle des ressources naturelles. L’organisation rejette ainsi les lectures qui présentent les violences comme de simples conflits ethniques ou intercommunautaires et y voit plutôt un système associant violences, exploitation des ressources et impunité.
Dans son plaidoyer, Badilika revient notamment sur les massacres commis depuis les années 1990 et cite plusieurs localités et territoires touchés par des violences de masse, parmi lesquels Makobola, Kasika, Mwenga, Beni, Kishishe, Bukavu et Goma. Elle établit également un lien entre ces violences passées et la persistance de l’insécurité dans certaines zones de l’Est de la RDC.
Ainsi, Badilika Droits humains formule trois principales exigences. La première porte sur la reconnaissance officielle et internationale de ce que l’organisation qualifie de « génocide congolais ». Elle demande à la RDC, à l’Union africaine et aux Nations unies de reconnaître cette qualification. L’organisation réclame également une nouvelle prise en compte du rapport Mapping des Nations unies, publié en 2010. Ce document recense 617 incidents graves survenus entre mars 1993 et juin 2003 et documente de nombreuses violations graves des droits humains et du droit international humanitaire.
La deuxième revendication concerne la justice. Badilika demande la création d’un tribunal pénal international pour la RDC ainsi que de chambres spécialisées mixtes. Elle souhaite que les responsabilités soient recherchées à différents niveaux, y compris auprès des personnes impliquées dans la planification, le financement ou le soutien aux crimes. Pour l’organisation, l’objectif n’est pas la vengeance, mais l’établissement de la vérité, la sanction des responsables et la prévention de nouvelles violences.
La troisième exigence concerne la mémoire. Badilika souhaite que l’histoire du Génocost soit enseignée dans les écoles, que des mémoriaux soient érigés dans les principaux lieux marqués par les massacres et que le 2 août soit reconnu officiellement comme une journée nationale de deuil et de mémoire.
Au-delà de la commémoration du 2 août, Badilika entend inscrire cette question dans la durée. L’organisation estime que la mémoire des victimes doit déboucher sur des mécanismes institutionnels capables d’établir les faits, de rechercher les responsabilités et de garantir la non-répétition des crimes.
Cette démarche intervient alors que les violences continuent de marquer plusieurs régions de l’Est de la RDC. Pour Badilika, la mémoire des crimes du passé ne peut donc être dissociée des réalités sécuritaires actuelles.
La qualification de « génocide » défendue par l’organisation constitue par ailleurs une revendication juridique et politique qui doit être distinguée de la documentation des crimes. En droit international, le génocide suppose notamment la démonstration d’une intention spécifique de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Sa reconnaissance nécessite donc l’établissement des éléments juridiques correspondants.