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Santé : APROCIDE estime que la RDC peut éliminer le VIH/SIDA d'ici 2030 grâce à une forte volonté politique malgré la baisse des financements internationaux

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Innocent Tuyisabe,  Directeur exécutif d'APROCIDE [photo d'illustration]
Innocent Tuyisabe, Directeur exécutif d'APROCIDE [photo d'illustration]

Par Prosper Buhuru

Alors que les Nations unies alertent sur le risque d'une recrudescence mondiale des infections au VIH en raison de la baisse des financements internationaux, l'organisation Actions pour la Protection Civile et le Développement (APROCIDE) affiche un optimisme résolu pour la République démocratique du Congo. Son directeur exécutif, Innocent Tuyisabe, estime que le pays dispose des moyens nécessaires pour mettre fin au VIH comme menace de santé publique d'ici à 2030, à condition que les autorités nationales en fassent une priorité.

Cette prise de position intervient après la publication d'un rapport de l'ONUSIDA, présenté à l'occasion de la 26ᵉ Conférence internationale sur le sida à Rio de Janeiro. Selon ce rapport, le financement mondial de la lutte contre le VIH/SIDA a chuté de 18 % en 2025, atteignant 7,3 milliards de dollars, son niveau le plus bas depuis près de vingt ans. L'organisation onusienne redoute que cette diminution compromette les progrès réalisés au cours des dernières décennies.

Interrogé par Opinion-Info.cd, Innocent Tuyisabe estime que la baisse des financements ne devrait pas compromettre l'atteinte des objectifs que l'ONUSIDA s'est fixés à l'horizon 2030 pour la République démocratique du Congo.

« Notre conviction repose sur trois éléments : nos ressources, notre population et notre volonté. Le VIH ne se combat pas uniquement avec l'argent des bailleurs. Il se combat aussi par la décision politique, la mobilisation communautaire et la responsabilisation », affirme-t-il.

Selon lui, la richesse minière du pays et le potentiel de sa population permettent d'envisager une réponse nationale plus autonome, à condition que les autorités prennent des décisions structurelles.

Une feuille de route articulée autour de quatre priorités

Pour concrétiser cette ambition, le directeur exécutif d'APROCIDE propose quatre mesures qu'il juge indispensables : consacrer au moins 15 % du budget national au secteur de la santé, conformément aux engagements pris dans la Déclaration d'Abuja, financer directement l'achat des antirétroviraux (ARV) et des tests de dépistage, décentraliser la lutte contre le VIH en donnant davantage de moyens aux provinces et aux zones de santé, et instaurer un système de redevabilité récompensant les structures performantes tout en sanctionnant les ruptures de stocks.

« Pas de financement extérieur ne doit pas signifier pas d'action. Il ne doit plus y avoir d'excuses », insiste-t-il.

APROCIDE mise sur la sensibilisation, le plaidoyer et la lutte contre la stigmatisation

Créée pour promouvoir la protection des civils et le développement des communautés, APROCIDE affirme concentrer son action sur trois axes : la sensibilisation des populations au dépistage, le plaidoyer auprès des autorités sanitaires pour prévenir les ruptures de médicaments et de tests, ainsi que l'accompagnement des personnes vivant avec le VIH afin de combattre la stigmatisation.

Pour Innocent Tuyisabe, mettre fin au VIH nécessite également un changement d'approche. Son organisation défend une stratégie baptisée « 3D + 1V », reposant sur quatre piliers : dépister massivement la population, traiter immédiatement toute personne diagnostiquée positive, déstigmatiser les personnes vivant avec le VIH et assurer une volonté politique constante au plus haut niveau de l'État.

« Sans volonté politique, rien ne marche. Le Président de la République, les gouverneurs et l'ensemble des décideurs doivent faire de la lutte contre le VIH une priorité nationale », souligne-t-il.

Un fonds national alimenté par les revenus miniers

Face à l'incertitude liée aux financements internationaux, APROCIDE plaide pour la création d'un Fonds national de lutte contre le sida, alimenté notamment par un prélèvement de 2 % sur les revenus miniers. L'organisation propose également de développer la production locale des médicaments et de négocier directement avec les laboratoires afin de réduire la dépendance vis-à-vis des partenaires extérieurs.

« On ne peut pas mettre la vie de milliers de Congolais entre les mains des bailleurs étrangers. La dépendance tue plus que le VIH », estime Innocent Tuyisabe.

« Le VIH n'est pas une malédiction »

Au-delà des aspects financiers, le responsable d'APROCIDE appelle les Congolais à lutter contre les préjugés entourant la maladie. Il encourage chacun à connaître son statut sérologique et rappelle qu'une personne bénéficiant d'un traitement peut mener une vie normale.

« Le VIH n'est pas une malédiction. C'est un virus. Ne pointons pas du doigt les personnes vivant avec le VIH ; tendons-leur la main. Une personne sous traitement peut vivre, travailler, aimer et avoir des enfants en bonne santé », déclare-t-il.

S'adressant enfin au Président de la République, Innocent Tuyisabe estime que la RDC a l'occasion d'inscrire son nom dans l'histoire de la santé publique en Afrique.

« La RDC peut devenir le premier grand pays africain à mettre fin au VIH comme menace de santé publique. Il faut maintenant une signature politique forte, un engagement budgétaire et des actions concrètes pour garantir les traitements, les tests et la prévention », conclut-il.

Mardi 4 août 2026 - 15:03