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Ebola en RDC : Protéger avant d’enseigner [Tribune ]

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Mireille Lusiense Zena — Experte en Sciences de l’Information et de la Communication
Mireille Lusiense Zena — Experte en Sciences de l’Information et de la Communication

La rentrée scolaire 2026-2027 approche. Dans quelques jours, des millions d’enfants congolais devraient reprendre le chemin de l’école, avec leurs cahiers neufs, leurs uniformes, leurs rêves et cette impatience particulière qui accompagne chaque rentrée.

Mais cette année, quelque chose a changé.

Ebola est toujours là.

Et lorsqu’une épidémie rencontre l’école, ce ne sont pas seulement des salles de classe, des bancs et des programmes scolaires qui sont concernés. Ce sont des enfants. Des familles. Des enseignants. Des communautés entières.

La question n’est donc plus simplement : comment faire rentrer les enfants à l’école ?  

Elle est aussi : comment les faire apprendre sans les exposer ?

La décision annoncée par la ministre d’État à l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, d’organiser une rentrée différenciée selon les zones de risque mérite, à mon sens, d’être regardée au-delà de sa dimension administrative. Dans les zones à haut risque, l’enseignement à distance est prévu à travers notamment des supports imprimés et la radio, tandis que les zones moins exposées poursuivront les cours avec des mesures de prévention renforcées.

C’est une réponse qui pose une question essentielle : comment maintenir le droit à l’éducation sans compromettre le droit à la protection ?

Au cours de ma carrière dans la communication, notamment dans le domaine de la santé, j’ai appris une chose que les crises sanitaires nous rappellent inlassablement : une bonne décision ne suffit pas.  

Il faut encore qu’elle soit comprise.  

Acceptée.  

Appropriée.  

Et surtout, traduite en comportements.

C’est ici que la communication prend toute son importance.

On peut installer des dispositifs de lavage des mains dans les écoles. On peut distribuer des kits sanitaires. On peut demander aux personnes malades de ne pas se présenter à l’école. On peut organiser des cours à la radio.

Mais si le parent ne comprend pas pourquoi son enfant doit rester à la maison, si l’enseignant ne sait pas exactement quel comportement adopter face à un enfant présentant des symptômes, si l’enfant lui-même ne comprend pas les gestes qui le protègent, nous aurons mis en place des mesures sans avoir nécessairement construit une véritable protection.

Une rentrée différente exige donc aussi une communication différente.

Une communication qui ne se limite pas à annoncer les mesures.  

Une communication qui explique.  

Qui rassure sans minimiser le danger.  

Qui alerte sans créer la panique.  

Qui donne des consignes simples, répétées et adaptées à chaque public.

Parce qu’on ne parle pas à un enfant comme on parle à un directeur d’école. On ne parle pas à un parent comme on parle à un professionnel de santé. Et une communauté rurale n’a pas nécessairement les mêmes canaux, les mêmes représentations ni les mêmes préoccupations qu’une communauté urbaine.

Voilà pourquoi la radio communautaire, les enseignants, les relais communautaires, les leaders locaux et les parents doivent être considérés comme de véritables acteurs de la réponse.

Et l’enfant ? Il ne doit surtout pas être oublié.

Nous avons parfois tendance, dans nos stratégies de communication sanitaire, à parler des enfants sans suffisamment parler aux enfants.

Or, l’enfant peut comprendre.  

Il peut apprendre les gestes de protection.  

Il peut devenir un relais auprès de ses camarades et de sa famille.

Encore faut-il lui parler avec des mots qu’il comprend, sans lui transmettre la peur.

Car protéger un enfant contre Ebola, ce n’est pas lui apprendre à avoir peur d’Ebola.  

C’est lui apprendre à savoir quoi faire.

Cette nuance est fondamentale.

La rentrée différenciée annoncée par les autorités constitue donc une opportunité de repenser notre manière de communiquer en situation d’épidémie.

Ne faisons pas seulement de l’école un lieu où l’on dispense des connaissances.  

Faisons-en aussi un espace où l’on apprend à protéger sa vie et celle des autres.

Et surtout, ne transformons pas la communication en simple accompagnement de la riposte sanitaire.  

Dans une épidémie, la communication fait partie de la riposte.

Je le dis avec la conviction que m’a donnée l’expérience du terrain : lorsqu’une crise survient, les populations n’ont pas seulement besoin d’informations. Elles ont besoin de comprendre ce qui se passe, de savoir ce qu’elles peuvent faire et de croire qu’elles ont, elles aussi, un rôle à jouer.

La rentrée scolaire 2026-2027 sera peut-être différente.  

Souhaitons qu’elle soit surtout plus protectrice.

Parce qu’entre le droit d’apprendre et le droit d’être protégé, nous ne devrions jamais avoir à choisir.

Nos enfants doivent pouvoir apprendre. Mais avant tout, ils doivent pouvoir rester en sécurité.

Mireille Lusiense Zena — Experte en Sciences de l’Information et de la Communication

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Mercredi 19 août 2026 - 13:48