Par Prosper Buhuru
L’annonce récente d’une adjudication des Bons et Obligations du Trésor par le ministère des Finances s’inscrit dans un mécanisme classique de gestion des finances publiques. Contrairement à certaines perceptions, ce recours au marché intérieur n’est pas, en soi, un signal négatif. Il s’agit d’un instrument standard de politique budgétaire utilisé par la majorité des États.
En République démocratique du Congo, l’adjudication fonctionne comme un système d’enchères. L’État met en vente des titres publics [Bons ou Obligations du Trésor] et les banques commerciales ainsi que d’autres investisseurs institutionnels soumettent leurs offres. Ce mécanisme permet de lever des fonds de manière structurée et relativement transparente.
Sur le plan budgétaire, l’intérêt principal est clair : financer les besoins de l’État sans recourir à la création monétaire. Lorsque le Gouvernement évite la « planche à billets » via la Banque Centrale, il limite les pressions inflationnistes. Autrement dit, l’endettement par émission de titres est souvent considéré comme plus sain que l’émission excessive de monnaie, qui fragilise le pouvoir d’achat.
Ce dispositif joue également un rôle dans la régulation du système bancaire. Les banques disposent fréquemment d’excédents de liquidités. Les titres du Trésor leur offrent un placement sécurisé (en théorie, car adossé à la signature souveraine de l’État) avec un rendement connu à l’avance. Cela contribue à structurer le marché financier domestique et à professionnaliser la gestion des portefeuilles bancaires.
Un autre avantage stratégique réside dans la souveraineté financière. En empruntant sur le marché local, l’État réduit sa dépendance vis-à-vis des bailleurs internationaux et des institutions financières extérieures. Cette capacité à mobiliser l’épargne interne constitue un indicateur de maturation du marché financier national.
Toutefois, l’efficacité de cet outil dépend d’un facteur déterminant : l’utilisation des fonds mobilisés. Si les ressources servent à financer des dépenses productives, des infrastructures, des investissements structurants ou à stabiliser le cadre macroéconomique, l’impact peut être positif sur la croissance. En revanche, si elles alimentent des dépenses improductives ou un déficit structurel mal maîtrisé, le recours répété aux adjudications peut accroître la charge de la dette et fragiliser les finances publiques.
En résumé, l’adjudication des Bons du Trésor n’est ni une anomalie ni un aveu de faiblesse. C’est un levier normal de gestion budgétaire. La véritable question n’est pas l’instrument lui-même, mais la discipline budgétaire, la transparence et la qualité de l’affectation des ressources levées.