Par Prosper Buhuru
À l’issue de trois jours d’échanges stratégiques à Kinshasa, le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a officiellement lancé la feuille de route 2026 de son ministère. Cette retraite, consacrée à l’évaluation des résultats de 2025 et à la planification des priorités à venir, marque une nouvelle étape dans la structuration de la gouvernance budgétaire en République démocratique du Congo.
Autour de la table : les membres du cabinet ministériel, les responsables des régies financières, le secrétariat général ainsi que les structures techniques sous tutelle. L’objectif était clair : passer d’une logique de gestion administrative à une culture affirmée de performance et de redevabilité.
Moment fort de la clôture : la reconnaissance officielle des administrations les plus performantes. La Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) a été distinguée pour avoir dépassé ses assignations budgétaires avec un taux de réalisation de 102 %.
La Direction Générale des Impôts (DGI) a obtenu un prix d’excellence pour avoir atteint 100 % de ses objectifs.
La Direction Générale des Recettes Administratives, Judiciaires, Domaniales et de Participations (DGRAD) a, quant à elle, reçu un prix d’encouragement pour ses efforts de mobilisation.
Au-delà des distinctions symboliques, le message est institutionnel : la performance devient un critère central d’évaluation de l’action publique.
Les données présentées lors des travaux traduisent une stabilisation progressive du cadre macroéconomique.
La croissance moyenne sur la période 2020-2025 s’établit autour de 7 %. L’inflation, qui culminait à 23,8 % en 2023, a été ramenée à 2,3 % fin 2025. La monnaie nationale s’est appréciée d’environ 27 % en 2025, tandis que les réserves de change atteignent 7,9 milliards de dollars, contre 1,1 milliard en 2019.
Ces indicateurs soutiennent la stratégie gouvernementale axée sur la stabilité, la discipline budgétaire et la consolidation des équilibres fondamentaux.
Soutenue par le Gouvernement dirigé par la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka, la feuille de route 2026 repose sur plusieurs priorités structurantes :
- intensifier la mobilisation des recettes internes et externes ;
- renforcer la lutte contre la fraude fiscale et douanière ;
- accélérer les réformes de la comptabilité publique et de la trésorerie ;
- généraliser la facture normalisée et digitaliser les contrôles ;
- assurer la coordination entre politique budgétaire et politique monétaire ;
- poursuivre les engagements avec le Fonds monétaire international ;
- promouvoir des financements innovants et consolider la discipline budgétaire.
Le cadre macroéconomique 2026 projette une croissance de 5,3 %, portée principalement par le secteur extractif, avec une pression fiscale attendue à 12,3 % du PIB.
Parmi les projets prioritaires figurent la relance du complexe hydroélectrique de Grand Katende, la modernisation des aéroports de N’djili, Luano, Mbuji-Mayi, Bunia et Beni-Mavivi, ainsi que le désenclavement de plusieurs centres urbains de l’intérieur du pays.
Ces investissements s’inscrivent dans une logique de transformation structurelle destinée à améliorer la compétitivité et le pouvoir d’achat des populations.
Dans son intervention, le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a insisté sur la nécessité de dépasser les contraintes sécuritaires et économiques pour maintenir la trajectoire des réformes. Il a réaffirmé l’importance de la lutte contre la fraude fiscale et du respect de l’obligation de déclaration de patrimoine des agents publics.
Clôturant les travaux, le ministre des Finances a rendu hommage aux Forces de défense et appelé l’administration à ancrer durablement une culture fondée sur l’intégrité, la performance et l’innovation.
À travers cette retraite stratégique, le signal envoyé est sans équivoque : 2026 sera placée sous le signe de la consolidation budgétaire et de l’efficacité institutionnelle.