Par Gloire Balolage
La République démocratique du Congo veut miser davantage sur la transformation locale de ses ressources minières. Le pays a décidé d’interdire l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt, dans le cadre d’une politique visant à encourager les exploitants à commercialiser des produits miniers à plus forte valeur ajoutée et à permettre à l’économie congolaise de conserver une part plus importante des richesses générées par le secteur.
Selon l’agence Reuters, qui cite un décret gouvernemental examiné ce jeudi, l’interdiction concerne directement les concentrés de cuivre et de cobalt. L’arrêté daté du 29 juin, signé par le ministre des Mines, Louis Kabamba Watum, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, et le ministre de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, stipule que « l’exportation de concentrés de cuivre et de cobalt est interdite ». Reuters rapporte également que l’annonce de cette mesure a été suivie d’une progression du cours de référence du cuivre à trois mois sur le London Metal Exchange, qui a atteint jusqu’à 14 369,50 dollars la tonne, soit une hausse de 1,8 %.
Cette nouvelle orientation intervient alors que la RDC occupe une place majeure dans la production mondiale de cobalt et figure également parmi les principales sources de cuivre, deux minerais considérés comme stratégiques pour les technologies liées à la transition énergétique. À travers cette décision, les autorités congolaises cherchent à renforcer les capacités nationales de traitement et à réduire davantage l’exportation de minerais sous des formes moins transformées.
Le nouveau dispositif entre en vigueur immédiatement, avec toutefois la possibilité d’accorder, dans certaines circonstances qualifiées de stratégiques, des dérogations à l’exportation pour une durée d’un an. Le décret ne précise pas davantage les situations pouvant justifier ces exemptions. Les autorités ont également instauré un régime fiscal portant sur les sous-produits miniers économiquement significatifs, avec une période de transition fixée à trois mois.
Cette décision n’est pas totalement nouvelle dans la politique minière congolaise. La RDC avait déjà imposé des restrictions sur les exportations de concentrés de cuivre et de cobalt en 2013, puis en 2019 et en 2023. Des dérogations avaient alors été accordées notamment lorsque les capacités nationales de fusion ne permettaient pas de traiter suffisamment les minerais produits. Le nouveau décret abroge celui de 2023 ainsi que ses exemptions et établit un cadre présenté comme plus large pour encadrer les exportations de minerais et la taxation des sous-produits miniers.
Les données officielles citées dans le texte montrent par ailleurs que la RDC exporte déjà une importante quantité de cuivre sous forme raffinée. Au premier trimestre 2026, le pays a exporté 696 725 tonnes de cathodes de cuivre, contre 53 926 tonnes de concentrés de cuivre contenant 18 863 tonnes de cuivre métal. Sur la même période, la RDC a également expédié 51 940 tonnes d’hydroxydes de cobalt contenant 17 054 tonnes de cobalt métallique.
L’impact de cette nouvelle interdiction pourrait néanmoins être limité pour une grande partie des opérateurs miniers déjà engagés dans la transformation locale. Christian-Géraud Neema, analyste minier au sein de l’organisation à but non lucratif China-Global South Project, estime ainsi que la mesure ne devrait probablement pas avoir d’effet important sur la majorité des exploitants, dans la mesure où une grande partie du cuivre et du cobalt produits en RDC est déjà raffinée localement. Le gouvernement maintient par ailleurs la possibilité d’exporter du concentré dans certaines conditions.
Au-delà de l’interdiction proprement dite, le nouveau cadre renforce également les dispositions fiscales applicables au secteur minier. Le régime prévoit notamment que la taxe sur les sous-produits miniers s’applique aux minéraux présents à l’état de traces et ultra-traces récupérés lors du raffinage, avec un coefficient d’évaluation de 55 %. Les redevances correspondantes doivent être perçues en même temps que celles appliquées au minerai principal. La mesure traduit ainsi la volonté des autorités congolaises d’encadrer plus largement la valorisation des ressources issues de l’activité minière et de favoriser la commercialisation de produits davantage transformés.