Par Prosper Buhuru
Alors que les États-Unis expriment leur exaspération face aux difficultés de mise en œuvre de l’accord de Washington, le Rwanda reconnaît pour la première fois mener une « collaboration sécuritaire » avec l’AFC/M23. Cette admission figure dans un document officiel émanant de l’ambassade du Rwanda à Washington, marquant un changement de discours notable après des années de démentis catégoriques sur tout lien avec cette rébellion active dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans ce document, Kigali affirme que cette coordination sécuritaire s’inscrit dans une logique de défense nationale, visant à prévenir ce qu’il qualifie de « nouvelle insurrection génocidaire transfrontalière ». Le Rwanda soutient que la menace, enracinée depuis 1994, n’aurait jamais été totalement neutralisée et continuerait d’influencer sa doctrine sécuritaire. Selon cette position, la coopération avec l’AFC/M23 serait motivée par un intérêt commun de protection contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), considérées par Kigali comme une menace persistante.
Le texte précise toutefois que le Rwanda ne chercherait pas à influencer les résultats politiques internes en RDC, ni à promouvoir des mouvements armés comme alternative à une gouvernance inclusive. Les autorités rwandaises affirment que leurs actions sont limitées, conditionnelles et strictement axées sur la prévention de menaces sécuritaires transfrontalières, tout en soulignant qu’elles s’ajusteront en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain.
Cette reconnaissance intervient dans un contexte diplomatique sensible, alors que l’accord de Washington, censé baliser une désescalade entre Kinshasa et Kigali, peine à produire des résultats concrets. Le document indique que la réduction progressive de cette collaboration sécuritaire avec l’AFC/M23 serait conditionnée à la mise en œuvre effective des engagements de Kinshasa, notamment la neutralisation et le rapatriement des combattants FDLR, le démantèlement de leurs structures et la fin de tout appui à des groupes armés associés.
Pour Kigali, le cadre opérationnel prévu par l’accord de Washington offrirait une opportunité de mettre fin à ce qu’il décrit comme une réalité sécuritaire « inacceptable », caractérisée par l’intégration prolongée d’éléments FDLR dans certaines opérations des FARDC. Le Rwanda soutient que cette situation expliquerait la persistance de mesures sécuritaires qu’il qualifie de défensives, temporaires et vérifiables.
Cette prise de position publique constitue un tournant majeur dans la communication officielle rwandaise sur la crise à l’Est de la RDC. Elle intervient au moment où la pression internationale s’intensifie, notamment de la part des États-Unis, pour une application effective et vérifiable de l’accord de Washington. Pour de nombreux observateurs, cette reconnaissance explicite ouvre une nouvelle séquence diplomatique, susceptible de redéfinir les termes du débat régional sur la sécurité, la responsabilité des acteurs et les perspectives de désescalade durable dans la région des Grands Lacs.