Par Gloire Balolage
Les grandes orientations politiques de la République démocratique du Congo continuent de susciter de vifs débats au sein de la classe dirigeante. S’exprimant lors d’un Space live animé par le journaliste Stanis Bujakera le mardi 11 août, le sénateur Jean Bamanisa Saïdi, figure du Mouvement de libération du Congo (MLC) et ancien gouverneur de la province de l’Ituri, a balayé les enjeux cruciaux du moment.
Qu’il s’agisse de la crise sécuritaire dans l’Est, de la gestion des entreprises publiques ou du projet de révision constitutionnelle, l’élu a plaidé pour un recentrage sur l’intérêt national et l’efficacité institutionnelle. Pour le parlementaire, les discussions politiques ne doivent plus servir de prétexte au partage du pouvoir.
Abordant la question du dialogue national, Jean Bamanisa Saïdi a tenu à redéfinir cette notion en la présentant comme un outil fondamental de gestion civile, étatique et sécuritaire qui ne saurait être écarté. Il s’interroge néanmoins sur les véritables motivations de certaines démarches concertatives, dénonçant la tendance à vouloir transformer ces assises en opportunités de repositionnement pour des acteurs politiques en perte de vitesse.
Cette critique du clientélisme s’étend également à la nomination des dirigeants des entreprises publiques. S’appuyant sur une récente tribune qu’il a publiée, le cadre du MLC s’est réjoui de l’instauration d’appels à candidatures régis par des normes précises, tout en saluant le choix du chef de l’État d’avoir placé certains experts à la tête de ces structures.
Il prévient toutefois contre tout risque d’instrumentalisation politique ou ethno-communautaire, appelant à confier l’accompagnement de ces processus à des organes spécialisés pour garantir des résultats concrets.
Face à la fracture entre la majorité et l’opposition sur le format des discussions, notamment autour de la présence de l’AFC/M23 et de Joseph Kabila, le sénateur prône une logique de rassemblement. Selon lui, la maturité démocratique du pays ne permet pas encore de faire fonctionner l’opposition et la majorité sur le modèle des nations développées. Dans une nation en pleine reconstruction, la complémentarité des forces en présence demeure essentielle pour faire avancer l’État.
Sur le plan sécuritaire, l’ancien gouverneur de l’Ituri adopte une ligne d’une fermeté absolue à l’égard des groupes armés. Tirant enseignement de son expérience du terrain, Jean Bamanisa Saïdi rejette catégoriquement l’idée que la violence puisse servir de levier d’accès aux responsabilités politiques, exigeant que seules la compétence et la valeur du travail prévalent.
Bien qu’il reste réservé quant au passage éventuel de certains citoyens devant des juridictions communautaires, il formule le vœu pressant de voir les Congolais renoncer définitivement à la lutte armée pour faire entendre leurs revendications.
Le débat autour de la loi fondamentale constitue un autre axe majeur de son intervention. Alors que le président Félix Tshisekedi envisage une réforme par voie référendaire, Bamanisa Saïdi confirme être favorable à des ajustements ciblés, citant expressément la nécessité de modifier les dispositions relatives au statut de Kinshasa et à la caisse de péréquation.
Tout en reconnaissant la volonté naturelle de chaque formation politique de conserver le pouvoir, il appelle à aborder ces réformes dans un esprit de fraternité et de dialogue afin de trouver un équilibre acceptable par tous. Interrogé sur l’éventualité d’un nouveau texte ou d’un référendum, le sénateur opte pour une approche méthodique et mesurée.
S’il tranche clairement en faveur d’une simple révision constitutionnelle plutôt que d’un changement complet de Constitution, il refuse de se prononcer sur la consultation populaire tant que le contenu exact des questions n’a pas été formulé. Bien qu’il ne se soit pas prononcé sur la question d’un troisième mandat, l’élu entend faire valoir sa position au sein des rassemblements politiques pour peser de tout son poids dans les arbitrages à venir.