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RDC : un « rapport » de la Cour des comptes jugé incohérent par plusieurs sources officielles

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La façade du bâtiment de la Cour des comptes
La façade du bâtiment de la Cour des comptes

Par la Rédaction

Depuis plusieurs jours, un document présenté comme un rapport de la Cour des comptes circule massivement sur les réseaux sociaux. Il alimente une vive polémique sur la gestion des finances publiques en République démocratique du Congo.

À sa lecture, plusieurs incohérences apparaissent. Le même taux de 51,20 % de dépenses exécutées en procédure d’urgence est tour à tour attribué aux exercices 2023, 2024 ou 2025 selon les versions partagées. Cette confusion sur la période concernée jette d’emblée un doute sur la fiabilité du document.

Le texte pointe aussi une « faiblesse de mobilisation des recettes », une « indiscipline » dans l’exécution des dépenses et un recours jugé « abusif » aux bons et obligations du Trésor.

Interrogées, des sources au ministère du Budget et au ministère des Finances indiquent n’avoir identifié « aucune trace officielle » de ce rapport. Elles rappellent que les procédures de contrôle prévoient un mécanisme contradictoire avec les administrations avant toute publication définitive.

Des chiffres officiels très éloignés

Vérification faite, les statistiques publiées sur le site du ministère des Finances dans le cadre du programme avec le FMI donnent un tout autre tableau. Les dépenses exécutées en procédure d’urgence représentent 16,86 % en 2023, 14,22 % en 2024 et 10,78 % en 2025. Des taux loin des 51,20 % avancés dans le document controversé. L’essentiel de ces dépenses concerne, selon les données officielles, les charges sécuritaires liées à la situation dans l’Est du pays.

Des experts en finances publiques rappellent que la procédure d’urgence est prévue et encadrée par l’arrêté interministériel n°110/MINETAT/MIN BUDGET/2024 du 20 décembre 2024. Élaboré avec les partenaires techniques et financiers, ce texte fixe les conditions strictes de recours à cette procédure. « Présenter systématiquement ces dépenses comme une anomalie relève soit d’une méconnaissance, soit d’une lecture biaisée », souligne un spécialiste.

Confusion entre budget et trésorerie ?

D’où vient alors le chiffre de 51,20 % ? Plusieurs analystes évoquent une possible confusion entre opérations budgétaires et opérations de trésorerie. Le décret n°24/10 du 14 octobre 2024 portant Règlement général sur la comptabilité publique distingue clairement les deux : articles 60 à 92 pour le budget, 93 à 103 pour la trésorerie. Assimiler des mouvements transitant par le Compte général du Trésor à des dépenses budgétaires fausse mécaniquement les calculs.

Même prudence sur les critiques visant les bons et obligations du Trésor. « Dans toutes les économies modernes, ce sont des instruments classiques de gestion de trésorerie et de financement temporaire de l’État », rappelle un économiste. Les qualifier d’« abusifs » traduirait « une méconnaissance des principes fondamentaux de la gestion publique ».

Appel à la rigueur

Entre incohérences chronologiques, chiffres incompatibles avec les données officielles et confusions entre budget et trésorerie, le document soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Le débat sur les finances publiques est légitime, mais il doit « reposer sur des données vérifiées, des analyses rigoureuses et une compréhension correcte des règles », insistent plusieurs observateurs. « La transparence ne se nourrit pas d’approximations ; elle repose sur la confrontation des affirmations aux faits. »

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Vendredi 19 juin 2026 - 19:07