Par Prosper Buhuru
À Cape Town, la République démocratique du Congo a tenu à poser des balises claires dans le débat mondial sur l’accès aux minerais stratégiques. Devant un auditoire composé de décideurs politiques et d’acteurs majeurs de l’industrie extractive, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a défendu une ligne ferme : la RDC est ouverte aux partenariats internationaux, mais refuse toute logique de prédation ou de déséquilibre.
S’exprimant, ce lundi 09 février, à l’ouverture de la 32ᵉ édition de l’Investing in African Mining Indaba 2026, le membre du Gouvernement Suminwa a pris le contre-pied des spéculations entourant les discussions en cours avec Washington. Pour Kinshasa, a-t-il insisté, il ne s’agit ni d’un marchandage précipité ni d’une cession à vil prix de ressources stratégiques. La démarche engagée avec les États-Unis repose, selon lui, sur un cadre méthodologique précis, limité à l’identification de projets d’intérêt commun et à l’examen rigoureux de leur viabilité.
Louis Watum a ainsi replacé ces échanges dans un contexte international marqué par une recomposition accélérée des rapports de force. La compétition entre grandes puissances, loin d’être perçue comme une menace, peut devenir un levier stratégique pour les pays africains, à condition de savoir l’exploiter. À ses yeux, la diversification des partenaires constitue désormais un impératif pour préserver la souveraineté économique du continent.
Le ministre des Mines n’a pas éludé la dimension géopolitique de cette bataille autour des ressources critiques. Dans un environnement mondial qu’il décrit comme instable et imprévisible, chaque État agit avant tout pour défendre ses intérêts vitaux. La domination chinoise sur certaines chaînes de valeur minières n’est pas le fruit du hasard, a-t-il souligné, mais le résultat d’une stratégie cohérente orientée vers le développement industriel. Les États-Unis, aujourd’hui, s’inscrivent dans une dynamique comparable, guidée par leurs propres priorités stratégiques.
Pour la RDC, toutefois, l’enjeu dépasse largement la simple exportation de minerais. Louis Watum a recentré le débat sur les fondamentaux du développement national, en identifiant l’énergie comme le véritable « minerai critique » du pays. Sans capacité énergétique suffisante, a-t-il martelé, aucune industrialisation durable n’est envisageable.
Fort de réserves considérables, notamment en minerai de fer, le pays ambitionne désormais de transformer localement ses ressources afin de soutenir la construction d’infrastructures structurantes. La transformation du fer en acier, la modernisation du réseau ferroviaire et l’exportation des excédents figurent au cœur d’un programme industriel de long terme, dont la première phase, étalée sur vingt-cinq ans, mobiliserait près de 28 milliards de dollars.
Dans cette projection stratégique, l’accès maritime de la RDC occupe une place centrale. Si le corridor de Lobito demeure un axe important, Kinshasa entend également capitaliser sur sa façade atlantique. Le projet de port en eau profonde à Banana s’inscrit dans cette vision, avec l’ambition de renforcer l’intégration logistique du pays et d’ancrer les partenariats internationaux dans une logique de bénéfices réciproques.
La cérémonie inaugurale de l’Indaba s’est déroulée en présence de chefs d’État, de membres de Gouvernements africains et de dirigeants de multinationales minières. À l’issue de cette session, le ministre congolais des Mines a poursuivi les échanges en tant que panéliste, aux côtés de ses homologues de la Zambie et de l’Afrique du Sud, confirmant la volonté de la RDC de peser pleinement dans les débats stratégiques sur l’avenir du secteur minier mondial.