Breaking News

Processus de Doha : l’accord de Montreux vidé de sa substance, dix jours après, aucun prisonnier libéré et la paix piégée par l’inaction

Catégorie
Image
Photo d'illustration
Photo d'illustration

Par Patrick Kitoko

Le processus de paix engagé dans le cadre du dialogue de Doha traverse une nouvelle zone de turbulence. Dix jours après les engagements pris à Montreux, en Suisse, aucune libération de prisonniers n’a été enregistrée, malgré un accord clair entre les parties. Ce non-respect du délai convenu illustre la difficulté à traduire les avancées diplomatiques en actes concrets sur le terrain.

Réunis du 13 au 17 avril 2026 à Montreux, les représentants du Gouvernement de la République démocratique du Congo et de l’AFC/M23, avec l’appui de partenaires internationaux – les États-Unis, le Qatar et le Togo, médiateur désigné de l’Union africaine – avaient affiché leur volonté de relancer le processus de Doha, en panne depuis plusieurs mois. Parmi les mesures de confiance adoptées figurait la libération de prisonniers dans un délai de dix jours après la signature du communiqué conjoint.

Or, à l’échéance du 27 avril, aucun geste n’a été posé. Ni Kinshasa ni l’AFC/M23 n’ont communiqué officiellement sur cette absence d’exécution. Fait établi : aucun détenu n’a été libéré. Ce manquement fragilise un processus déjà miné par la méfiance et les accusations réciproques.

Selon les données des discussions de Montreux, le Comité international de la Croix-Rouge avait identifié 311 prisonniers liés au M23/AFC et 166 figurant sur les listes transmises par Kinshasa. Cette opération devait constituer un premier pas vers la désescalade. Elle n’a pas eu lieu, renforçant le sentiment d’impasse.

Sur le terrain, les hostilités se poursuivent

La situation sécuritaire demeure préoccupante dans l’Est du pays. Les deux camps s’accusent mutuellement de violations du cessez-le-feu. Le 25 avril 2026, les Forces armées de la RDC ont affirmé avoir abattu un drone attribué à l’armée rwandaise dans la région de Minembwe, dénonçant une action offensive contre leurs positions et les populations civiles. 

En réponse, le porte-parole de l’AFC/M23, Lawrence Kanyuka, accuse les forces gouvernementales d’avoir mené des bombardements intensifs à Gakenke et Mikenke, évoquant l’usage de drones de combat. Chaque partie dénonce des violations répétées des engagements pris, alimentant un climat de défiance.

Mécanisme de vérification toujours en suspens

Autre engagement resté lettre morte : la mise en œuvre du mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu. Prévue le 24 avril, une semaine après la signature du communiqué de Montreux, la mission de terrain n’a pas eu lieu. Les conditions sécuritaires jugées défavorables et les accusations croisées ont empêché son lancement.

La MONUSCO avait pourtant fixé plusieurs préalables à un contrôle crédible : cessation de l’usage des drones offensifs, fin du brouillage GPS, liberté de mouvement de son personnel et sécurisation de l’espace aérien. Des conditions encore loin d’être réunies.

Face à cette situation, le Gouvernement congolais annonce de nouvelles réunions pour tenter de relancer le mécanisme de vérification et poursuivre les volets humanitaire et judiciaire. Mais sur le terrain, les avancées restent invisibles.

Le non-respect du délai de dix jours pour la libération des prisonniers révèle le décalage persistant entre les engagements pris et leur mise en œuvre. Dans un contexte de poursuite des hostilités, le processus de Doha apparaît plus que jamais fragilisé, tandis que les populations civiles continuent d’en payer le prix.

Étiquettes
Mercredi 29 avril 2026 - 17:14