Par la Rédaction
Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a commémoré, ce lundi, le 28e anniversaire du massacre de Kasika, dans le territoire de Mwenga (Sud-Kivu). Dans un message publié sur X, il est revenu sur les violences qui ont endeuillé Kasika, Kilungutwe et Kalama, appelant à faire de la mémoire une exigence de justice.
Selon lui, les populations civiles avaient été victimes, il y a 28 ans, de violences d’une « cruauté extrême ». Des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants massacrés, des femmes violées et torturées, des enfants et des bébés tués, des maisons incendiées et des villages pillés.
Il rappelle l’assassinat du Mwami François Mubeza, chef coutumier Nyindu, dont l’épouse enceinte de jumeaux a été éventrée. Des religieux et de nombreux paroissiens ont également été tués.
Denis Mukwege s’appuie sur le rapport Mapping des Nations unies, qui documente le massacre de plus d’un millier de civils. Il estime que ces crimes imprescriptibles sont liés à l’intervention militaire du Rwanda en RDC et au rôle joué à l’époque par les forces rwandaises aux côtés du RCD-Goma/ANC.
Pour lui, la même logique s’est répétée depuis près de 30 ans, avec le recours à des groupes armés comme instruments d’une stratégie régionale : AFDL, RCD-Goma, CNDP et M23, aujourd’hui sous la bannière AFC-M23 / Twirwaneho / Red Tabara.
Malgré le changement de noms, les populations continuent de subir massacres, violences sexuelles, déplacements forcés et destructions de villages. Il appelle à reconnaître et sanctionner ces « agressions criminelles chroniques », l’impunité étant au cœur de la tragédie de l’Est.
« Commémorer Kasika ne peut être un simple devoir de mémoire. La mémoire doit devenir une exigence de justice », affirme-t-il, exhortant la RDC et la communauté internationale à mettre en œuvre les recommandations du Mapping, à enquêter sur les crimes commis depuis 30 ans et à poursuivre auteurs et commanditaires, congolais ou étrangers.
Il plaide pour un mécanisme judiciaire crédible : juridiction pénale spéciale ou internationalisée, et chambres mixtes ou hybrides au sein des juridictions congolaises. La justice transitionnelle doit garantir vérité, justice, réparations et garanties de non-répétition.
Vingt-huit ans après, il refuse que le silence et l’oubli constituent une « seconde injustice » et estime que la paix durable ne peut se bâtir sur l’impunité et les doubles standards.