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Dialogue national en RDC : Adolphe Muzito plaide pour un « triple pacte » politique, économique et sécuritaire

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Adolphe Muzito, VPM en charge du Budget et président national du parti politique Nouvel Elan
Adolphe Muzito, VPM en charge du Budget et président national du parti politique Nouvel Elan

Par Patrick Kitoko

Dans sa 37e tribune, l'ancien Premier ministre et président de Nouvel Élan, Adolphe Muzito, propose de faire du Dialogue national un véritable processus de refondation de la République démocratique du Congo. Il identifie trois priorités : doter le pays d'une Constitution définitive, accélérer sa construction économique et renforcer sa capacité de défense face aux menaces sécuritaires.

Le dialogue national ne devrait pas se limiter à un partage des responsabilités politiques. Pour Adolphe Muzito, il doit plutôt constituer un moment de « fondation et de construction de la République ». Dans sa 37e tribune, l'ancien Premier ministre fixe ainsi un triple objectif au processus envisagé sous l'impulsion du président Félix-Antoine Tshisekedi : politique, économique et sécuritaire.

Sur le plan politique, Muzito estime que la RDC doit se doter d'une Constitution définitive, susceptible de corriger ce qu'il qualifie de « péché originel » de l'histoire constitutionnelle congolaise. Selon lui, les différentes Constitutions adoptées depuis l'indépendance ont été élaborées dans des contextes de transition, de crise, de guerre ou de compromis entre acteurs politiques. Il remet notamment en cause les conditions d'adoption de la Constitution du 18 février 2006, qu'il considère comme l'œuvre d'un Parlement de transition non élu et d'un président lui-même issu d'une période de transition.

Pour l'ancien Premier ministre, le Dialogue national doit donc créer les conditions d'un processus « transparent, inclusif et souverain » devant permettre au peuple congolais de se doter d'un nouveau pacte fondamental.

Cette future Constitution devrait, selon lui, mieux protéger l'unité et l'intégrité territoriale, stabiliser les institutions, clarifier la répartition des compétences et des ressources entre les différents niveaux de pouvoir, protéger les ressources naturelles et renforcer les mécanismes de contrôle démocratique et financier.

Unité nationale face à la guerre

Adolphe Muzito défend parallèlement l'idée d'une cohésion nationale autour du chef de l'État, sans pour autant remettre en cause le pluralisme politique. Il appelle la majorité, l'opposition, les forces sociales, les provinces, la diaspora et les communautés affectées par les conflits à se réunir autour d'un objectif commun : la défense de l'intégrité territoriale de la RDC.

Pour illustrer cette conception de l'unité nationale en période de crise, il évoque notamment l'Union sacrée en France en 1914, le gouvernement de coalition de Winston Churchill au Royaume-Uni en 1940 ainsi que le rassemblement américain autour de Franklin Roosevelt après l'attaque de Pearl Harbor en 1941.

Dans le même esprit, il invite la majorité au pouvoir à s'engager à appliquer les lois relatives au financement public des partis politiques et au statut de l'opposition. Pour lui, l'unité nationale ne doit donc pas signifier la disparition de l'opposition ou du contrôle démocratique.

Transformer les ressources en infrastructures

Le deuxième pilier proposé par Muzito est économique. Il ambitionne de voir la RDC atteindre un PIB d'environ 215 milliards de dollars à l'horizon 2035, ce qui ferait du pays, selon ses projections, la troisième puissance économique d'Afrique subsaharienne derrière l'Afrique du Sud et le Nigeria.

Il estime également que les recettes budgétaires propres pourraient passer de 15,2 milliards de dollars en 2026 à environ 40 milliards en 2035, notamment grâce à une pression fiscale portée à 17 % du PIB.

Ces ressources devraient prioritairement financer les infrastructures structurantes : routes, chemins de fer, électricité, ports, aéroports, infrastructures numériques, adduction d'eau, santé, éducation, agriculture et industrialisation.

Muzito plaide toutefois pour une diversification des sources de financement. Il cite notamment la dette extérieure, les partenariats public-privé, un fonds souverain alimenté par les ressources minières du pays ainsi que les investissements américains, européens, africains et asiatiques.

Il insiste néanmoins sur la nécessité d'une « dette de construction, non de consommation », avec une priorité accordée aux projets productifs et aux prêts concessionnels à maturité longue.

Une armée plus forte pour garantir la souveraineté

Le troisième axe de sa réflexion concerne la défense nationale. Pour Muzito, « un État qui ne peut défendre son territoire ne peut durablement financer son développement ».

Il propose ainsi un renforcement progressif des Forces armées de la RDC, soutenu par l'augmentation des ressources budgétaires. Mais cet effort financier devrait, selon lui, être accompagné d'une réforme profonde du secteur de la défense.

Cette réforme devrait porter sur le commandement, la formation, le renseignement, la logistique, la maintenance et le contrôle des dépenses.

L'ancien Premier ministre préconise notamment une doctrine nationale de défense, un commandement unifié placé sous l'autorité civile, une meilleure maîtrise du renseignement et des frontières, le développement des capacités dans les domaines de la cybersécurité et des drones, ainsi qu'une amélioration des conditions de vie des militaires.

Il défend également la mise en place progressive d'une industrie nationale de défense et d'une réserve organisée.

Muzito précise cependant que cette montée en puissance militaire ne devrait pas avoir une vocation offensive. La puissance militaire congolaise, soutient-il, devrait servir à dissuader les agressions, protéger les frontières, sécuriser les échanges et contribuer aux mécanismes africains de paix.

Sept résolutions pour le dialogue national

Au terme de sa tribune, Adolphe Muzito propose que le Dialogue national débouche sur plusieurs engagements majeurs. Il cite notamment l'adoption d'un pacte républicain de défense de l'intégrité territoriale, une feuille de route consensuelle pour l'élaboration d'une nouvelle Constitution à soumettre au peuple, ainsi qu'un Plan national de construction 2026-2035, chiffré et territorialisé.

Il propose également d'atteindre une pression fiscale de 17 % du PIB dès 2028, de diversifier les mécanismes de financement du développement, de conclure un pacte national de réforme et de financement des FARDC, d'appliquer les lois sur le financement des partis politiques et le statut de l'opposition, et enfin de créer un mécanisme de suivi des engagements issus du dialogue.

Pour Adolphe Muzito, le véritable enjeu dépasse donc le seul règlement des différends politiques actuels. Il s'agit, estime-t-il, de transmettre aux générations futures une Constitution légitime et définitive, un pays doté d'infrastructures structurantes et une Nation capable de défendre son territoire.

Une triple ambition qui, selon le président de Nouvel Élan, doit permettre à la RDC de s'imposer comme une puissance politique, économique et militaire de paix au cœur de l'Afrique.

Lundi 31 août 2026 - 11:14