Experte en sciences de l'information et de la communication — Experte en communication pour la santé et communication pour le changement social et de comportement
Les épidémies ont leur propre temporalité. Elles commencent souvent dans le fracas des alertes, des communiqués, des chiffres quotidiens et des appels à la vigilance. Les messages circulent rapidement, les médias s’emparent du sujet, les communautés s’informent et les comportements de protection s’installent sous l’effet de l’urgence.
Puis, progressivement, quelque chose change. Non pas parce que le risque disparaît nécessairement, mais parce qu’il devient familier.
L’être humain possède une étonnante capacité d’adaptation. Ce qui, hier encore, provoquait l’inquiétude peut, avec le temps, entrer dans l’ordinaire. Le danger ne cesse pas d’exister ; il cesse simplement d’occuper la même place dans les esprits.
C’est peut-être l’un des défis les moins visibles de la lutte contre Ebola : comment maintenir la vigilance lorsque le risque devient une présence habituelle ?
La communication pour le changement social et de comportement est souvent pensée comme un outil d’alerte. Elle l’est, bien entendu. Mais elle est aussi une réflexion sur la durée.
Car adopter un comportement protecteur pendant quelques jours n’est pas la même chose que l’intégrer durablement dans les pratiques sociales.
L’urgence produit parfois des réactions rapides. La durée exige autre chose : des habitudes, des normes collectives, des environnements favorables et des rappels réguliers qui ne se limitent pas à répéter les mêmes messages.
C’est ici qu’apparaît un paradoxe.
La répétition est indispensable en santé publique. Elle permet de renforcer les connaissances et de rappeler les gestes essentiels. Pourtant, une répétition qui ne se renouvelle jamais peut perdre de sa force. À mesure que les messages deviennent prévisibles, ils risquent d’être perçus comme un simple bruit de fond.
Le défi n’est donc pas seulement de communiquer davantage, mais de communiquer autrement au fil du temps.
Comment renouveler les approches sans affaiblir les messages essentiels ? Comment maintenir l’attention sans créer de lassitude ? Comment faire de la prévention une pratique quotidienne plutôt qu’une réaction passagère à la peur ?
Ces questions méritent d’être posées, car la lutte contre Ebola ne se joue pas uniquement dans les moments de forte mobilisation. Elle se joue également dans les périodes plus silencieuses, lorsque l’attention collective diminue et que le sentiment d’urgence s’estompe.
C’est souvent à ce moment-là que la communication devient la plus stratégique.
Non pas pour produire de nouvelles injonctions, mais pour accompagner la construction de comportements durables.
Face à Ebola, le véritable défi n’est peut-être pas seulement de susciter l’adhésion au début d’une crise.
Il est de faire en sorte que la prévention survive à l’habitude.
Mireille Lusiense Zena, Experte en sciences de l'information et de la communication — Expert en communication pour la santé et communication pour le changement social et de comportement