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RDC : « Sauvons la RDC » dit non au dialogue de Tshisekedi et pose sept conditions

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Quelques membres de l’opposition radicale en RDC réunis autour de Joseph Kabila lors du lancement de Sauvons la RDC à Nairobi [photo d'illustration]
Quelques membres de l’opposition radicale en RDC réunis autour de Joseph Kabila lors du lancement de Sauvons la RDC à Nairobi [photo d'illustration]

Par Prosper Buhuru

Le mouvement « Sauvons la RDC » rejette le processus de dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi dans son adresse à la Nation du 27 août 2026. Dans une déclaration rendue publique, ce lundi 31 août, cette plateforme estime que les contours du forum annoncé ne réunissent pas, à ce stade, les garanties nécessaires à un véritable processus de sortie de crise.

Le mouvement reconnaît néanmoins la nécessité d’un dialogue national. Mais il conteste le cadre proposé par le chef de l’État, qu’il juge insuffisamment inclusif et trop fortement contrôlé par le pouvoir.

Au cœur de sa critique figure la question de la participation. « Sauvons la RDC » reproche au Président de la République de vouloir déterminer lui-même les participants, les règles, les thèmes et les modalités du processus. Pour la plateforme, un dialogue dont les paramètres seraient arrêtés unilatéralement ne pourrait pas produire la confiance nécessaire entre les différentes parties.

Une lecture globale de la crise

Le mouvement refuse également une lecture limitée de la crise congolaise. Selon lui, la situation actuelle dépasse le seul conflit armé dans l’Est et touche simultanément les domaines politique, institutionnel, sécuritaire, économique, social, humanitaire et sanitaire.

Il estime dès lors qu’un éventuel dialogue devrait pouvoir examiner les causes profondes de ces différentes crises, notamment les questions liées à la démocratie, aux droits humains, aux libertés publiques, au fonctionnement des institutions et à la gouvernance.

Sur le plan sécuritaire, « Sauvons la RDC » conteste, par ailleurs, le principe d’un dialogue qui exclurait les acteurs directement impliqués dans le conflit armé. La plateforme considère que la recherche d’un règlement politique doit pouvoir intégrer l’ensemble des dimensions de la crise, sans, toutefois, transformer les assises en mécanisme d’impunité.

La CENCO et l’ECC au centre du dispositif

Autre exigence avancée : le rôle des Églises catholique et protestante. « Sauvons la RDC » estime que la CENCO et l’ECC ne devraient pas être de simples participantes ou caution morale du processus.

Le mouvement réclame plutôt une mission effective de médiation et de facilitation pour ces deux confessions religieuses, afin de contribuer à instaurer un climat de confiance et à garantir un certain équilibre entre les parties.

La plateforme demande également l’implication de garants africains et internationaux dans le suivi et l’application des éventuelles résolutions du dialogue.

Sept conditions jugées incontournables

« Sauvons la RDC » reprend ainsi sept conditions qu’il considère comme indispensables à la crédibilité du processus : une médiation neutre et indépendante ; une participation inclusive ; un cadre sécurisé et neutre ; des termes de référence, un calendrier et un ordre du jour définis de manière consensuelle ; le respect de la Constitution et de l’échéance électorale de 2028 ; une décrispation politique et judiciaire ; ainsi qu’un mécanisme indépendant et contraignant chargé du suivi et de la mise en œuvre des engagements.

Pour la plateforme, ces conditions constituent le minimum requis pour qu’un dialogue national puisse bénéficier d’une légitimité suffisante.

Une crainte autour de la Constitution de 2028

La déclaration va, toutefois, au-delà de la critique méthodologique. « Sauvons la RDC » soupçonne le processus annoncé de pouvoir servir, à terme, à contourner les limites constitutionnelles et à prolonger le mandat des institutions actuelles.

Le mouvement affirme notamment redouter une instrumentalisation des conclusions du forum en vue d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel. Cette accusation relève de l’analyse politique de la plateforme et n’est pas étayée, dans le communiqué, par des éléments démontrant une telle intention du chef de l’État.

Dans ces conditions, « Sauvons la RDC » annonce son refus de participer à ce qu’il qualifie de processus conçu à l’avance. Le mouvement dit ne pas vouloir apporter, par sa présence, une légitimité à un forum dont les conclusions seraient, selon lui, déjà orientées.

Pour un autre dialogue

Malgré ce rejet, la plateforme affirme ne pas être opposée au principe même du dialogue. Elle réclame un processus « souverain, inclusif et sans exclusive », capable d’aborder sans tabou les différentes dimensions de la crise congolaise et de réunir les principales parties prenantes.

« Sauvons la RDC » affirme ainsi que le pays finira par avoir besoin d’un véritable dialogue national, qu’il soit organisé avec ou sans Félix Tshisekedi.

La plateforme évoque enfin l’article 64 de la Constitution, qui prévoit notamment le droit de tout Congolais de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des dispositions constitutionnelles. Elle estime que la responsabilité d’une éventuelle confrontation autour de cette question incomberait au chef de l’État.

La position de « Sauvons la RDC » installe ainsi un nouveau clivage autour du dialogue annoncé : non pas sur la nécessité de discuter, mais sur le cadre, les acteurs, les garanties et surtout les finalités du processus. Le débat porte désormais sur la capacité du pouvoir à transformer son initiative en un espace suffisamment inclusif pour convaincre les acteurs qui contestent son dispositif.

Lundi 31 août 2026 - 19:21