Par Patrick Kitoko
La NSCC - Nouvelle Société Civile Congolaise - se dit favorable au dialogue national initié dans le cadre proposé par le président Félix-Antoine Tshisekedi, mais entend peser de tout son poids pour que ce processus ne se transforme pas en simple négociation politique. L'organisation appelle à un dialogue ouvert à toutes les composantes de la société et centré sur les réformes, la justice et la refondation de l'État.
La Nouvelle Société Civile Congolaise a officiellement pris position sur le projet de dialogue national porté par le chef de l'État. Réunie avec la presse ce dimanche 31 août à Kinshasa, l'organisation, par la voix de son coordonnateur national Jonas Tshombela, a annoncé sa disponibilité à participer au processus, tout en fixant les conditions qui, à ses yeux, doivent en garantir la crédibilité et l'efficacité.
Après avoir examiné les orientations présentées par Félix Tshisekedi dans son message du 27 août consacré au dialogue national, la NSCC estime y retrouver plusieurs éléments susceptibles de favoriser une démarche destinée à s'attaquer aux causes profondes des crises qui secouent la République démocratique du Congo. L'organisation de la société civile ne veut toutefois pas d'un dialogue réduit à un face-à-face entre formations politiques. Elle défend une approche beaucoup plus large, dans laquelle les citoyens seraient directement associés aux discussions et aux décisions.
Pour la NSCC, le caractère national du dialogue doit se traduire par une représentation réelle des différentes catégories de la population congolaise. Femmes, jeunes, organisations citoyennes, victimes des conflits, chefs coutumiers, universitaires, opérateurs économiques et mouvements citoyens devraient, selon elle, disposer d'un espace pour faire entendre leurs préoccupations. L'organisation propose également que les consultations ne se concentrent pas uniquement à Kinshasa. Les 26 provinces devraient être mises à contribution afin de permettre au processus de prendre en compte les réalités vécues dans les différentes communautés.
Cette exigence d'inclusivité constitue l'un des principaux points de la position annoncée par Jonas Tshombela. La NSCC considère en effet que les populations ne peuvent être uniquement destinataires des décisions issues du dialogue : elles doivent pouvoir contribuer à leur élaboration.
Mais c'est surtout sur la finalité du dialogue que la NSCC entend maintenir une vigilance particulière. L'organisation exclut toute perspective consistant à utiliser les discussions comme cadre de répartition des responsabilités publiques entre acteurs politiques. Pour elle, l'expérience des crises successives impose plutôt de s'attaquer aux faiblesses structurelles de l'État.
Gouvernance, corruption, impunité, fonctionnement de la justice, sécurité, décentralisation, gestion des ressources naturelles et finances publiques, respect des droits humains, inégalités sociales et participation citoyenne figurent parmi les dossiers que la NSCC souhaite voir abordés.
Son coordonnateur national estime ainsi que le dialogue devrait déboucher sur des changements institutionnels et une amélioration de la gouvernance, plutôt que sur un nouvel arrangement entre responsables politiques.
La question de la justice constitue également une ligne rouge pour l'organisation. La NSCC refuse que la recherche de la paix puisse se faire au prix de l'impunité pour les auteurs de violences graves. Elle défend une approche fondée sur la vérité, la responsabilité des auteurs, la justice et la réparation en faveur des victimes. Dans cette perspective, l'organisation estime que les crimes et les violences ne peuvent devenir un moyen de conquérir ou de négocier le pouvoir. La paix durable, soutient-elle, doit nécessairement s'accompagner d'un processus permettant de rendre justice aux victimes des conflits.
Autre cheval de bataille de la NSCC : la souveraineté populaire. À travers sa campagne « La Parole au Peuple », l'organisation entend continuer à défendre la participation directe des citoyens aux grandes décisions qui engagent l'avenir du pays. Elle plaide notamment pour que les éventuelles réformes constitutionnelles et institutionnelles fassent l'objet d'un débat public suffisamment ouvert, transparent et contradictoire. Pour la société civile, les grandes orientations concernant l'avenir de la République ne devraient pas être déterminées exclusivement dans les cercles du pouvoir ou entre acteurs politiques.
En annonçant sa participation au processus, la NSCC tient également à préserver son indépendance. Jonas Tshombela assure que son organisation ne se présentera pas au dialogue comme une composante d'un quelconque camp politique. Elle entend plutôt y défendre les revendications de la population et porter une lecture citoyenne des enjeux nationaux. La NSCC promet ainsi de soutenir les initiatives susceptibles de favoriser la paix et la cohésion nationale, de formuler des propositions sur les réformes nécessaires, mais aussi de dénoncer toute dérive qui porterait atteinte aux principes démocratiques, aux droits humains, à la justice ou à la souveraineté du peuple.
En définitive, la position de la Nouvelle Société Civile Congolaise peut se résumer en une formule : oui au dialogue, mais pas à n'importe quel prix. L'organisation soutient un processus consacré à la paix et à la cohésion nationale, réclame une participation des citoyens des 26 provinces, défend une implication accrue de la société civile et appelle à une refondation de l'État fondée sur la démocratie et l'État de droit.
En revanche, elle rejette l'impunité, toute légitimation de la violence par l'accès au pouvoir et surtout toute transformation du dialogue en mécanisme de partage des postes politiques.
Avec cette prise de position, la NSCC se place donc dans une posture à la fois favorable et vigilante : accompagner le dialogue lorsqu'il sert l'intérêt national, mais s'opposer à toute instrumentalisation politique du processus.