Par Prosper Buhuru
Entre le 30 novembre 2025 et le 8 avril 2026, la MONUSCO a traversé une phase de transition discrète mais stratégique. Durant cette période, c’est Vivian van de Perre, alors Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général des Nations Unies chargée de la Protection et des Opérations, qui a assuré l’intérim à la tête de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en République démocratique du Congo, à partir du 28 décembre 2025, après son collègue des affaires humanitaires, Bruno Lemarquis.
Dans les couloirs de la mission comme dans les échanges diplomatiques à Kinshasa et à New-York, cette séquence est souvent décrite comme un moment de continuité sous pression. La cheffe par intérim a dû maintenir l’équilibre opérationnel d’une mission confrontée à des défis persistants dans l’Est de la RDC, où les dynamiques de conflit, les contraintes d’accès humanitaire et les attentes politiques restent particulièrement fortes.
Sur le terrain, la réalité ne laisse que peu de place aux transitions administratives. Les positions avancées de la mission, les opérations de protection des civils et les mécanismes de coordination avec les autorités congolaises et les acteurs régionaux ont continué de fonctionner dans un environnement instable, marqué par des violences récurrentes et une forte volatilité sécuritaire.
Dans ce contexte, la direction intérimaire de Vivian van de Perre s’est inscrite dans une logique de maintien des acquis et de continuité stratégique. Sans bouleverser les orientations de la mission, elle a assuré la supervision des opérations et le suivi des priorités, notamment la protection des populations civiles et l’appui aux processus de stabilisation.
Diplomate chevronnée du système des Nations Unies, Vivian van de Perre arrive à ce poste avec un parcours long de plus de trois décennies, construit entre plusieurs théâtres de crise. De la République centrafricaine au Yémen, en passant par des fonctions antérieures au sein même de la MONUSCO, elle a développé une expérience rare dans la gestion des environnements complexes. Son passage par les Forces armées néerlandaises et le Département des opérations de paix de l’ONU ajoute à son profil une dimension opérationnelle souvent déterminante dans les contextes de conflit.
Au cours de son intérim, elle a maintenu un engagement régulier avec les autorités congolaises et les partenaires internationaux. Sa visite à Goma, en février 2026, a marqué une étape importante, dans un contexte sécuritaire encore fragile, où les efforts de stabilisation et de suivi des mécanismes de cessez-le-feu restent au centre des priorités. Elle a également multiplié les interventions devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, dressant un tableau préoccupant de la situation dans l’Est, entre urgences humanitaires et risques d’extension des violences.
Dans les zones sensibles, la mission a poursuivi ses activités de protection, maintenant des dispositifs d’accueil pour des milliers de civils dans certains sites sécurisés, tout en continuant la documentation des violations des droits humains et le soutien aux mécanismes de vérification des engagements de cessez-le-feu.
Au-delà des chiffres et des rapports, cette période d’intérim révèle une réalité souvent moins visible : celle d’une mission qui fonctionne en continu, malgré les transitions de leadership, dans un environnement où chaque rupture peut avoir des conséquences directes sur le terrain.
Avec l’arrivée de James Swan, le 8 avril 2026, la page de l’intérim se referme formellement. Vivian van de Perre reprend pleinement son rôle de numéro deux de la mission, forte d’une expérience renforcée par ces quatre mois passés à la tête d’une institution exposée, où la stabilité repose autant sur la stratégie que sur la capacité à tenir le quotidien.
Dans un pays comme la République démocratique du Congo, où la sécurité reste fragile et les attentes immenses, cette continuité silencieuse constitue parfois, à elle seule, un facteur d’équilibre.